L’accompagnatrice de Nina Berberova

Publié le par kalistina


La foule attend, avide, suspendue aux lèvres de Maria Nikolaevna. Derrière la cantatrice se tient son accompagnatrice. Sous les feux de la rampe, être dans l'ombre de Maria Nikolaevna lui permet d'entrevoir et d'identifier avec acuité et lucidité tout ce dont elle n'aura jamais que quelques miettes. Sans avenir, sans autre passé qu'une vague enfance dans la ville de N., sans autre nom que son diminutif, Sonetchka traîne son anonymat et son vide sentimental en retrait de Maria Nikolaevna. Être misérable auquel personne ne prête attention, hormis peut-être celle qu'elle désire ardemment blesser, elle souffre dans l'ombre.

 
J’avais choisi de lire cette longue nouvelle pour son thème : une pianiste, ça colle avec le dernier crossover de Thom, m’étais-je dit. Finalement…

Finalement, la musique est bien centrale dans cette histoire, puisqu’elle est le pivot de la vie de la mère de Sonetchka, puis de Sonetchka elle-même, et qu’elle est le lien entre tous les personnages, ce qui fait qu’ils se rencontrent et qu’ils se fréquentent. C’est d’ailleurs le seul et unique talent de l’héroïne, la seule chose qui lui vaut, une fois dans sa vie, d’être remarquée par une personne d’importance, la cantatrice Maria Nikolaevna : son don au piano.

Paradoxalement, la musique n’a pas du tout la place centrale à laquelle on aurait pu s’attendre ; tous ces gens évoluent dans le monde de la musique, vivent par et pour elle, certes, mais ce n’est pas ce qui compte, ce n’est pas ce qui fait l’essence et l’intérêt de ce petit roman. Son intérêt, c’est sa dimension relationnelle. Sonetchka est à la fois la narratrice et le personnage principal. Elle ne se ment pas (ou peu) à elle-même et a conscience que sa vie est insignifiante et inconsistante. Ca n’en est que plus terrible, parce qu’elle sait la petitesse de ses intentions (l’ambiguïté de ce qu’elle ressent pour la cantatrice). On ressent avec elle sa solitude et son désarroi ; c’est très bien écrit, et vraiment trop court.

Ce roman fait partie d’un recueil, dont je poursuivrai volontiers la lecture dans quelque temps.

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Thom 05/05/2008 13:18

Ah...je découvre ce post...comment faut-il le lire donc ? Comme un cross qui finit en eau de boudin ? ;-)

kalistina 12/05/2008 16:04


On peut dire ça... ou comme un cross qui finalement devient une belle découverte, littéraire à défaut d'être aussi musicale :o)


Choupynette 21/04/2008 12:41

Le nom de cet auteure me dit quelque chose... mais je n'ai rien lu d'elle. Le thème me plait bien...

kalistina 27/04/2008 20:57


@ Karine : sur la LAL!
@ Doriane : oui, je poursuivrai :-)
@ Jules : connais point!
@ YY : c'est fou comme on peut prononcer cette phrase souvent :p
@ Choupynette : c'est tout court en plus, y a pas à hésiter!


yueyin 21/04/2008 09:31

Encore une auteure qui reste à découvrir pour moi, un jour probablement :-)

Jules 21/04/2008 03:41

J'ai acheté C'est moi qui souligne de cette auteure.  Un joli pavé que je n'ai pas encore attaqué...

Doriane 17/04/2008 16:53

J'avais moi aussi beaucoup aimé ce Berberova... Ravie qu'il t'ait donné l'envie de continuer dans la découverte de cette auteure.