Le maître des illusions de Donna Tartt

Publié le par kalistina

Introduit dans le cercle privilégié d'une université du Vermont, un jeune boursier californien s'intègre peu à peu à un petit groupe d'étudiants de la grande bourgeoisie. Il découvre un monde insoupçonné de luxe, d'arrogance intellectuelle et de sophistication, en même temps que l'alcool, la drogue et d'étranges pratiques sataniques.

Cette quatrième, ainsi que la couverture ténébreuse, pourraient faire croire à un genre de thriller sanglant... Certains ont donc dû être déçus, mais moi j'ai au contraire été ravie de trouver là un thriller psychologique, où les actes criminels ne sont pas intéressants en eux-mêmes, mais pour la terrible ambiance dont ils sont les déclencheurs.
De toutes façons, le roman commence ainsi : "La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation". Pas de surprise, donc : on sait qui est la victime. Je suis toujours intriguée par cette "technique à la Colombo" : comment l'auteur va-t-il pouvoir soutenir mon intérêt tout au long de ces centaines de pages alors même qu'on connaît déjà une partie du drame? Justement : ce qui est intéressant, ce n'est pas l'événement dramatique, mais les personnages, leur évolution, le monde dans lequel ils évoluent...
Richard, le narrateur, est un peu à mi-chemin entre le monde dans lequel il va plonger et le nôtre, celui des lecteurs qui découvrent l'histoire de loin. Il s'immisce dans un clan, fermé, hermétique à tout le reste : rien ne vaut que l'esprit grec antique. Il va comprendre peu à peu que l'hellénisme, ce ne sont pas que de séduisants aphorismes et des déclinaisons prises de chou...
Donna Tartt est vraiment forte, car ces jeunes gens sont tout de même des meurtriers... Mais Bunny est plus que détestable, j'en étais presque soulagée lorsqu'il est mort... Et Henri est si fascinant... Les jumeaux ont l'air de braves jeunes gens... On finirait presque par leur trouver des excuses, c'est horrible!!
J'ai lu que certains avaient ressenti des longueurs à la lecture de certains passages ; je n'ai pas eu cette même impression. Pour moi, le passage de l'enterrement de Bunny (toujours pas spoil, rappelez-vous : on sait qu'il va mourir dès la première page!) se devait d'être ainsi pénible. Le mal être à la lecture m'a semblé faire écho à l'ambiance terriblement pesante que devaient ressentir les personnages, comme pour que nous le vivions de la même façon qu'eux.
Je ne sais pas si une histoire similaire dans un autre département de la fac m'aurait autant plu. Les langues anciennes me fascinent, alors ceux qui les maîtrisent comme Julian ou Henry me subjuguent... En tout cas, j'ai été délicieusement plongée dans cette sombre version du roman initiatique.

Les avis d'autres lecteurs : Abeille, Allie, Anneso, Belledenuit, Calypso, Caroline, Celsmoon, Cocola, Erzébeth, Gio, Heide, Karine, Laurence, Lectiole, Leiloona, Madame Charlotte, Mirianne, Zarline.

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Luna 04/06/2011 10:44



Je dois dire que je ressors de ma lecture du Maître des illusions un peu déçue : l'histoire m'a bien plu, le monde un peu noir et cynique aussi, les personnages étranges également (sauf Richard
mais bon)... mais j'ai détesté l'écriture de Donna Tartt : pour être virtuose de l'écriture, elle l'est, mais la simplicité ne fait pas de mal ! 700 pages de détours et de chichis sans fin m'ont
un peu laissée sur le côté de la route...
Dommage l'histoire était sympa' !

Si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur mon blog...
J'aime beaucoup ta critique ! Je reviendrais ;)



kalistina 12/06/2011 23:46



Je ne me rappelle pas avoir eu cette impression de lenteur... mais on oublie vite les détails de ses lectures...



Gio 30/08/2009 08:48

Oui ! Quelle ambiance ! et c'est vrai que c'est terrible d'avoir l'impression de donner raison aux personnages !

kalistina 31/08/2009 14:22


Cette sorte de manipulation de l'auteur m'a bien séduite, même si ça a quelque chose de glaçant...


aBeiLLe 28/08/2009 21:59

L'ambiance du roman et les personnages sont indéniablement la force de ce roman. Je suis malgré tout une de celles qui ont trouvé quelques longueurs à l'histoire. Mais je suis bien contente d'avoir satisfait ma curiosité en le lisant! ;o)

kalistina 28/08/2009 22:59


Je comprends ton dernier sentiment : moi aussi, parfois, j'ai été déçue, ou simplement pas vraiment conquise, à la lecture d'un livre, mais contente de l'avoir "enfin lu"!


Karine :) 28/08/2009 18:59

Je suis touuuut à fait d'accord avec ton billet... Julian et Henry fascinent et moi aussi j'en suis presque venue à leur trouver des excuses... terrible!!!  J'ai adoré l'atmosphère et l'étude psychologique... on est aussi oppressés qu'eux...

kalistina 28/08/2009 19:52


J'ai lu ton billet plus qu'enthousiaste! D'ailleurs, ça m'a motivée à commencer ma lecture, d'avoir à l'esprit ton avis enchanté.


Leiloona 28/08/2009 13:10

Je partage ton point de vue : la même intrigue dans une autre section aurait eu moins de saveur.

kalistina 28/08/2009 19:52


;-)