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romans historiques


Mercredi 7 novembre 3 07 /11 /Nov 22:11

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Neuchâtel, Suisse, 1535. Voilà un peu moins d'un an qu'Antoine Augereau, imprimeur, a été pendu en place publique à Paris, puis brûlé avec tous ses livres. Claude Garamond, son ancien apprenti, est venu ici chercher des réponses, pour comprendre pourquoi son maître a été accusé, à tort, d'hérésie.

Claude a pris le temps d'écrire ses mémoires, pour raconter qui était maître Augereau, tout ce qu'il a fait pour le monde du livre, tout ce qu'il a transmis à son apprenti et tous les intellectuels qu'il a fréquentés.

 

On retourne donc en arrière, et c'est avec un tout jeune Claude d'une douzaine d'années qu'on fait la connaissance d'Antoine Augereau, typographe, imprimeur et véritable érudit. En ce début de XVIe siècle, le monde vit une véritable révolution avec la naissance de l'imprimerie, qui entraîne nécessairement une révolution de la pensée. Que peut-on, que doit-on imprimer ? Quel savoir veut-on transmettre ? Veut-on vraiment que tout le monde soit en mesure d'accéder à la connaissance ? Est-ce sacrilège que de vouloir écrire et donc imprimer en français et non plus en latin ? C'est là la question cruciale autour de laquelle les avis divergent.

 

Roman pour les amoureux d'Histoire et surtout d'histoire du livre, Le Maître de Garamond est un véritable who's who de l'humanisme, où l'on croise tous les intellectuels de l'époque. On rencontre tour à tour François Rabelais, Clément Marot, Erasme, un François Villon à l'âge bien avancé et surtout Marguerite de Navarre, sœur de François 1er et femme de lettres à la remarquable ouverture d'esprit. C'est également un roman qui pose la question de la Réforme, dont la naissance est intimement liée à celle de l'imprimerie. Les querelles de religion (mais ne sont-ce pas souvent, dans ce petit monde du Paris de 1500, surtout des querelles de pouvoir ? ) traduisent tous les bouleversements de cette époque charnière qu'est la Renaissance.

 

Anne Cuneo explique en marge de son ouvrage pourquoi et comment elle s'est intéressée à ce grand homme de lettres que l'histoire, cette ingrate, a oublié. On a tous entendu le nom de Garamond grâce à la police de caractères qui porte son nom, mais Augereau... ? On voit donc qu'elle a accompli un long et consciencieux travail de documentation, qui lui a permis d'écrire une histoire qui correspond autant que faire se peut aux faits tels qu'ils se sont réellement déroulés. J'apprécie ces précisions, ayant fâcheusement tendance à toujours vouloir démêler le vrai du faux.

 

Moi qui prends toujours grand plaisir à lire des romans historiques, j'ai été particulièrement touchée par celui-ci. Outre que je l'ai trouvé très bien écrit, je me suis sentie directement concernée par ses problématiques, et ce à double titre : d'une part parce que nous vivons actuellement une révolution similaire avec les débuts de la lecture et de l'écriture numérique, qui elle aussi modifie notre façon de penser, et qui bouleverse totalement les enjeux et les missions des « travailleurs du livre » dont je fais partie ; d'autre part parce que je suis moi-même une descendante de ces Français qui ont adopté la Réforme et ont préféré fuir plutôt que d'abjurer leur foi et donc leur liberté de pensée.


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Samedi 29 septembre 6 29 /09 /Sep 18:52

Fortier DuBonUsageDesEtoiles

Mai 1845. Le Terror et l'Erebus quittent les berges de la Tamise et mettent le cap sur l'Arctique. Leur mission : découvrir le mythique passage du Nord-Ouest qui relie l'Atlantique au Pacifique. À leur bord, cent vingt-neuf hommes, quantité de vivres, de l'argenterie et des livres afin de perpétuer l'atmosphère raffinée des salons victoriens.
L'arrogant sir John Franklin commande l'expédition, destinée à asseoir la suprématie de la couronne britannique. Il est secondé par le discret Francis Crozier. Le journal de ce dernier témoigne du quotidien, de l'enthousiasme des équipages, puis de leur angoisse lorsque l'étau des glaces se referme sur eux. Pendant ce temps-là, à Londres, lady Jane Franklin et sa nièce Sophia, dont Crozier se languit sans espoir, courent les mondanités avant d'être peu à peu gagnées par l'inquiétude.

 

Je suis très peu inspirée ces temps-ci, rédactionnellement parlant (comme vous avez pu le constater!). C'est en bloguant qu'on devient blogueur... et quand on blogue moins, bah, on a bien du mal à rédiger un billet intéressant.

C'est donc avec une immense frustration que j'écris ces quelques lignes, parce que je voudrais vous faire savoir à tous à quel point Du bon usage des étoiles mérite d'être lu.

 

En s'inspirant d'un fait réel, Dominique Fortier est parvenue à écrire un magistral roman, de ceux qui vous touchent et vous empêchent de les reposer, de ceux qui vous hantent même après la fin de la lecture.

On suit le périple de cette centaine d'hommes partis en mer, d'abord plein d'une paisible certitude, celle du but qu'on sait pouvoir atteindre. John Franklin est serein, sûr de lui, ne s'inquiétant que pour ses repas et ses prises de notes (il faut qu'il s'applique, une fois revenu, c'est sa femme, lady Jane, qui reprendra le tout pour rédiger un carnet de voyages complet). Francis Crozier est transis d'amour pour Sophia, la nièce de lady Jane, dont il se sait séparé le temps de l'expédition, mais dont il pense, surtout, ne jamais réussir à obtenir plus qu'une amitié polie.

 

Le roman alterne les passages du journal de Francis et des chapitres suivant le quotidien à terre de Jane et Sophia ; on a parfois également des passages plus externes, relatant les faits et gestes des marins.

Ce sont les pages du journal de Francis qui m'ont le plus touchée. Il les noircit avec sincérité, se livrant sans cacher ses états d'âme, ses interrogations, puis sa douloureuse certitude quant à l'issue de l'expédition.

J'avais l'impression d'y être... et ça m'a d'autant plus touchée que tous ces hommes ont réellement vécu ces trois années. De la façon ici narrée, ça, on n'a pas vraiment de moyen de le savoir, évidemment... Mais j'ai eu l'impression d'être sur le bateau, dans la glace, avec eux.

 

Un coup de coeur pour ce premier roman de Dominique Fortier.

 

Mon-Quebec-en-septembre

C'était une petite contribution au "Québec en septembre" (voir chez Karine). J'ai encore un livre à chroniquer dans ce cadre mais je serai très probablement en retard... Mon Québec en octobre!!

 

Les billets d'Amanda, le Biblioblog (plusieurs avis des membres), Caroline (que je remercie mille fois pour ce cadeau!), Fashion, Grominou, Jules, etc.


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Samedi 19 mai 6 19 /05 /Mai 00:05

miel et vin

Au château, l'enfant « maudit » cause incendies, maladies et accidents mortels autour de lui. Rien ni personne ne lui résiste. Ce bâtard finira pourtant par devenir Charles de l'Éperai, l'héritier en titre. Non loin de là, une enfant est abandonnée dans la forêt. Recueillie par une famille noble, elle grandit sous le nom de Judith de Monterlant. Les destinées de ces deux êtres vont se croiser : ils s'attirent irrésistiblement et s'égarent dans les méandres d'une passion dévorante. Pourtant Judith se marie avec un autre homme. 1789 : le monde bascule et les nobles sont aux abois. Charles, malgré son rang, épouse la cause révolutionnaire. Que va-t-il advenir des amants ?

 

Mais quelle belle histoire! Mais comme c'est diantrement bien écrit!


L'histoire d'amour qui lie Judith et Charles est pour le moins tumultueuse, à l'image de l'époque dans laquelle ils vivent. Les grands moments de l'Histoire peuvent révéler le bon et le mauvais en chacun...

On ne s'ennuie pas une seconde, et la plume de Myriam Chirousse est un enchantement.


L'intrigue est toujours de première importance pour moi, j'ai besoin de m'accrocher à un fil (ou une toile, ça dépend...) ; mais le style compte aussi évidemment. S'il s'efface au profit de l'histoire et qu'il la sert habilement, ça me convient très bien.

Ici, on est bien au-delà de cela, on découvre une écriture... chatoyante. J'ai réfléchi quelques longues secondes à l'adjectif le plus opportun et c'est celui-ci qui me vient! C'est coloré, envolé, dense, sensuel... une très belle découverte.

Et il va sans dire que j'ai également adoré l'histoire elle-même, ainsi que ses personnages aux forts tempéraments ou quelque peu hors du commun (cet oncle! ce libraire!).

 

Vite, vite, Myriam Chirousse, revenez sur le devant de la scène!

 

Les billets fort enthousiastes eux aussi de Bladelor, Keisha et Theoma.


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Samedi 3 mars 6 03 /03 /Mars 16:38

mariannaucria.gif

Sicile, XVIIIe siècle. La jeune Marianna Ucria, devenue sourde et muette à l'âge de cinq ans, brisée par un douloureux secret, vit murée dans son silence. Pour communiquer avec le monde, à défaut de parler et d'entendre, Marianna choisit la lecture et la connaissance. Elle se réfugie dans la bibliothèque où, influencée par les idées des Lumières, elle découvre la vie. C'est dans ce savoir qu'elle trouvera le courage d'affronter la vérité sur son infirmité. Après des années de silence et de solitude, sur cette île où tout est extrême, la splendeur et la misère, la tendresse et la violence, Marianna Ucria se révélera et apprendra à conquérir sa liberté.

 

J'aime les romans historiques et ne lis guère souvent de romans italiens, j'étais donc contente quand j'ai reçu celui-ci lors d'un swap.

 

Le handicap est dur à vivre au XXIe siècle, alors au XVIIIe, ceux qui souffraient de l'un deux devaient probablement s'armer d'un courage inimaginable pour mener leur vie.

Marianna a tout de même une chance, celle d'être de haute naissance. Muette, c'est par la lecture et l'écriture qu'elle parvient à communiquer au quotidien. Années après années, le monde des livres ne sera plus seulement un refuge mais une véritable porte d'entrée sur le monde.

 

De la petite fille à la femme d'âge mûr, on suit l'ensemble de la vie de Marianna Ucria, personnage inspiré de Marianna Valguarnera, aristocrate bien réelle du XVIIIe siècle (et qui, pour l'anecdote, a construit le palais Valguarnera-Gangi, où a été tourné le film Le Guépard).

Elle a eu une destinée hors du commun que j'ai beaucoup aimé découvrir. J'émets toutefois un petit bémol : j'ai trouvé parfois que tout cela manquait de rythme... un roman un peu plus court et moins délayé m'aura plus pleinement conquise.

 

Le billet de Mirontaine, sous le charme.


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Mardi 10 janvier 2 10 /01 /Jan 07:06

fille_qui_marchait_sur_leau.jpg

Que volent les saris ! Que vibre la cithare ! Siddharth Dhanvant Shanghvi, véritable phénomène de la littérature indienne, a inventé le roman made in Bollywood.

Nandini Gandharva, muse, peintre et modèle, est l'égérie de tous les artistes du Bombay des années vingt. Espiègle et indépendante, elle mène une vie trépidante, entourée d'un aréopage d'amis hauts en couleur : la belle Libya Dass, le génial Bunkusdaas, l'inventeur des comédies musicales version tandoori, et l'élégant Percival Worthington, sur lequel Nandini a jeté son dévolu...

Une écriture éblouissante et des personnages flamboyants, La fille qui marchait sur l'eau est une saga familiale épicée, qui a valu à son auteur le prestigieux Betty Trask Award.

 

Voilà une très belle saga indienne, empreinte de folie, d'exubérance, mais aussi du poids du destin, de la mélancolie...


Anuradha a tout pour elle, une vie de rêve, et pourtant les choses ne seront pas si faciles ; la méchante Divi-Bai fait penser à la marâtre de Blanche Neige ; Nandivi... Nandivi, quelle femme! Une personnalité franchement excentrique, une soif de liberté qui semble impossible à étancher, une répartie érigée au rang de l'art... Rien n'est simple pour personne, pourtant, alors que tous semblent faits de l'étoffe des héros. Mauvais karma?


Je ne connais pas l'univers de Bollywood donc je ne sais pas si la comparaison de l'éditeur est pertinente. On a là en tout cas un roman particulièrement foisonnant, complexe, et diablement passionnant.

 



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