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Jeudi 17 avril 2008


La foule attend, avide, suspendue aux lèvres de Maria Nikolaevna. Derrière la cantatrice se tient son accompagnatrice. Sous les feux de la rampe, être dans l'ombre de Maria Nikolaevna lui permet d'entrevoir et d'identifier avec acuité et lucidité tout ce dont elle n'aura jamais que quelques miettes. Sans avenir, sans autre passé qu'une vague enfance dans la ville de N., sans autre nom que son diminutif, Sonetchka traîne son anonymat et son vide sentimental en retrait de Maria Nikolaevna. Être misérable auquel personne ne prête attention, hormis peut-être celle qu'elle désire ardemment blesser, elle souffre dans l'ombre.

 
J’avais choisi de lire cette longue nouvelle pour son thème : une pianiste, ça colle avec le dernier crossover de Thom, m’étais-je dit. Finalement…

Finalement, la musique est bien centrale dans cette histoire, puisqu’elle est le pivot de la vie de la mère de Sonetchka, puis de Sonetchka elle-même, et qu’elle est le lien entre tous les personnages, ce qui fait qu’ils se rencontrent et qu’ils se fréquentent. C’est d’ailleurs le seul et unique talent de l’héroïne, la seule chose qui lui vaut, une fois dans sa vie, d’être remarquée par une personne d’importance, la cantatrice Maria Nikolaevna : son don au piano.

Paradoxalement, la musique n’a pas du tout la place centrale à laquelle on aurait pu s’attendre ; tous ces gens évoluent dans le monde de la musique, vivent par et pour elle, certes, mais ce n’est pas ce qui compte, ce n’est pas ce qui fait l’essence et l’intérêt de ce petit roman. Son intérêt, c’est sa dimension relationnelle. Sonetchka est à la fois la narratrice et le personnage principal. Elle ne se ment pas (ou peu) à elle-même et a conscience que sa vie est insignifiante et inconsistante. Ca n’en est que plus terrible, parce qu’elle sait la petitesse de ses intentions (l’ambiguïté de ce qu’elle ressent pour la cantatrice). On ressent avec elle sa solitude et son désarroi ; c’est très bien écrit, et vraiment trop court.

Ce roman fait partie d’un recueil, dont je poursuivrai volontiers la lecture dans quelque temps.

Dimanche 6 avril 2008


Un jeune Américain, employé par une compagnie de navigation, loue une chambre dans une famille japonaise. Rien de plus simple.

Mais cette histoire se passe à Hiroshima. Et, peu à peu, malgré la pudeur, la fierté et le stoïcisme de ses hôtes, Sam découvrira un à un les secrets des survivants de la bombe : les souvenirs affreux d'une nuit unique dans l'histoire de l'humanité et la peur de l'avenir. Enfin, tout parle de la mort atomique jusqu'aux fleurs blanches qui, pour honorer les disparus, descendent le cours du fleuve. Plus jamais Hiroshima.

Ce livre obtint en 1961 le prix Albert Schweitzer.

 
Les fleurs d’Hiroshima raconte le douloureux quotidien d’une famille japonaise après la catastrophe nucléaire. Survivants de la bombe, les héros ressentent chaque jour qui passe le souvenir du drame, parfois bien malgré eux.

Sam, jeune américain un peu naïf, n’imagine même pas les conséquences qu’a pu avoir la bombe ; il sent bien qu’il fait parfois des faux-pas, mais il lui faudra du temps pour enfin comprendre. C’est la rencontre de deux cultures, de deux personnes et de deux expériences de vie.

Tout est dit à la fois simplement et avec finesse ; il n’y a pas de gros épisodes larmoyants avec révélations fracassantes, et pourtant, petit à petit, les choses nous sont dévoilées, de façon bien émouvante. Ce petit roman de 180 pages à peine se lit d’une traite et en vaut la peine ! Je l’avais découvert grâce à un forum de lecture et ne regrette pas.

Lundi 17 mars 2008
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3 nouvelles se succèdent dans ce petit recueil.

 
Le visiteur

Le héros, un jeune homme d’environ 25/30 ans, passe ses vacances, comme chaque été, sur une île française (précision ne nous est pas donnée ; île de Ré, peut-être ?). Il emmène au restaurant un couple d’amis de sa mère, les Buissonnet ; c’est la sortie rituelle. A la table d’à côté, son regard est happé par une jeune américaine, belle, au regard triste et perdu, et plutôt mal accompagnée…

Cette nouvelle suit son cours discrètement, l’air de rien, et, sans apporter d’invraisemblables révélations, donne au lecteur quelques petits rebondissements qui font son charme. Elle n’est pas mémorable, mais se lit avec plaisir.

 
Contre toute probabilité

Mrs Kincaid, la cinquantaine avancée, passe son temps à changer de lieu d’habitation. Quelques semaines, voire quelques mois dans une ville, et hop, c’est déjà le déménagement. Dans son nouveau point de chute, elle rencontre Mr Blakely, un homme de son âge, qui attend que la vie passe…

On ne comprend le réel sens de l’histoire qu’au fur et à mesure de l’intrigue, et c’est vraiment une superbe nouvelle ! Tout est bien pensé, bien tourné, et la fin m’a conquise. Ma préférée du recueil !

 
Le jeu du téléphone

Deux jeunes gens vont se marier ; elle est allemande, il est anglais. La distance géographique qui sépare leurs deux familles font qu’ils participent à la même fête la veille du grand jour, avec les amis des deux promis et donc des deux pays réunis. Les anglais proposent alors de faire un petit « jeu du téléphone »… l’incompréhension s’installe.

Dans cette nouvelle, c’est le doute, l’hésitation, l’incompréhension qui prennent place, insidieusement. Est-ce une simple affaire d’humour qui diffère ou le malaise est-il plus profond ? C’est habilement mené, mais ça m’a justement mise assez mal à l’aise…

 
La 4e de couverture cite un extrait d’article paru dans le Times, dans lequel le journaliste qualifie William Trevor de « plus grand auteur vivant de nouvelles de langue anglaise ». Je n’ai pas matière à comparer, mais ce recueil m’a séduite, en particulier grâce à la 2e nouvelle, et ça m’a bien donné envie de lire un de ses romans, comme En lisant Tourgueniev.

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