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théâtre


Dimanche 30 janvier 7 30 /01 /Jan 00:06
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Héros à l'esprit guerrier jusque dans son discours amoureux, séducteur, maniant à la perfection le paradoxe et jouant à merveille sur l'ambiguïté des mots, Othello, Maure de Venise, se sert du langage comme d'une épée. Sa gloire suscite diverses réactions : Roderigo méprise "l'homme aux grosses lèvres", Désdémone est séduite par le récit de ses exploits en terres lointaines, qui fourmille d'évocations exotiques. Iago, lui, hait Othello. Que cette haine soit gratuite ou qu'elle soit le résultat d'une lucidité pragmatique, elle pousse Iago à tout détruire sur son passage. Metteur en scène machiavélique, manipulateur de l'ombre, il bat Othello sur son propre terrain, puisque c'est par le discours qu'il l'entraîne vers le meurtre. Le Maure, jaloux, boira les mots de son ennemi comme un poison pervers.

 

Paraît-il que j'ai lu Roméo et Juliette au moment de la sortie du film avec Leonardo, mais comme je n'en garde aucun souvenir, on peut dire que c'est la première fois que je découvre Shakespeare.

 

J'ai d'abord été surprise par la relative liberté de ton ; les personnages sont beaucoup moins prudes que nos protagonistes des pièces françaises de la même époque!

Les personnages sont incroyablement réussis. Iago est d'une perfidie réellement glaçante ; quant à sa femme, Emilia, c'est une sorte de féministe avant l'heure. Othello est un grand guerrier, une grande âme, et ne soupçonne pas un seul instant les manipulations de Iago. Nous, lecteurs, qui savons, ne pouvons que constater, atterrés, le talent de l'infâme enseigne et l'intelligence de ses idées et paroles pour parvenir à son but. On voudrait pouvoir prévenir le Maure, le mettre en garde, lui ouvrir les yeux...! Il n'y a guère que Desdémone qui m'ait moins convaincue. Ce n'est pas croyable d'être aussi passive... Elle a bien appris sa leçon, tendez l'autre joue, ma fille! Mais bon, si sa pureté n'était pas si grande, l'histoire serait moins tragique...

 

Merci aux bloggeurs qui ont remis Shakespeare à la mode ces derniers mois et qui m'ont donné envie de le lire.

 

challenge necrophile

 

Les billets de Fleur, GeishaNellie et Theoma.


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Samedi 22 janvier 6 22 /01 /Jan 05:33

dom juan

"L'hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus" : voilà comment Dom Juan se justifie auprès de son valet Sganarelle, scandalisé de voir son maître tromper tout le monde autour de lui, des femmes les plus naïves qu'il séduit sans vergogne aux hommes les plus nobles qu'il mène par le bout du nez sans se démonter. De fait, Dom Juan n'a qu'une ambition : jouir de tous les plaisirs, sans jamais céder aux sirènes de la morale. Il lui faut toutes les voluptés et il les obtient facilement en manipulant ses victimes avec des mots trompeurs. Seule la mort pourrait l'arrêter : n'est-ce pas elle justement qui vient le chercher, lorsque la statue du commandeur s'anime sous ses yeux ?

 

Je vais avoir bien du mal à parler de cette pièce... Il est entendu que c'est un chef d'oeuvre, qui met en scène un esprit libre, en avance sur son temps, impertinent, vivant comme il l'entend...

Toutefois, je n'arrive pas à savourer ce texte. Dom Juan a une verve admirable, mais le personnage en lui-même est excécrable ; non pas à cause de son libertinage, mais de son égoïsme. Ce que ressentent les autres ne lui importe absolument pas, il fait souffrir quantité de personnes en le sachant mais sans s'en soucier le moins de monde. Il ne supporte d'ailleurs pas le bonheur des autres. Je trouve cet égocentrisme profondément cruel et je me suis sentie mal à l'aise tout au long de ma lecture à cause de ça.

 

Bref... Lisez plutôt les avis enthousiastes d'Irrégulière et de Maggie.

 

Dans la catégorie "auteurs enterrés à Paris" : challenge necrophile


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Vendredi 16 juillet 5 16 /07 /Juil 23:00

Comme chaque année, j'ai fait mon petit périple pour la cité des Papes : mon petit tour au festival d'Avignon!

Pour cette édition 2010, je suis allée voir deux pièces, et c'est de la première que j'ai envie de vous parler, puisqu'il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle écrite par l'un des chouchous de la blogosphère, j'ai nommé Stefan Zweig.

 

flyer_joueur1.jpg

 

Le joueur d'échecs, c'est la nouvelle grâce à laquelle j'ai découvert l'auteur, il y a dix ans maintenant, quand j'étais en terminale. Une révélation! Depuis, je l'ai beaucoup lu, et n'ai jamais été déçue.

J'attendais donc beaucoup de cette pièce, tout en appréhendant, évidemment... Comment adapter Zweig au théâtre, lui qui nous convainc surtout par la magie de son écriture et par son talent pour sonder l'âme humaine? Et comment un seul comédien peut-il faire vivre cette nouvelle si particulière?

 

André Salzet, puisque c'est lui qui a adapté cette oeuvre et qui l'interpète sur scène, mérite les honneurs, parce qu'il rend vraiment hommage à ce texte. Il parvient à donner vie à tous les personnages que l'on y croise, et bien sûr avant tout à "l'inconnu" du paquebot.

La pièce commence sur un ton assez léger, celui de la conversation ; qui ne connaîtrait pas du tout l'histoire du Joueur d'échecs serait bien surpris par la suite du spectacle. Le narrateur évoque d'abord MacConnor, le riche ingénieur écossais à l'amour-propre un peu trop haut placé, puis rapidement vient Mirko Czentovic, le champion du monde des échecs, au succès étonnant au vu de son esprit par ailleurs peu brillant - mais péremptoire.

Puis entre en scène "l'inconnu"... Et là, que d'émotions! André Salzet aurait pu facilement donner dans le coup d'esbrouffe ou dans le pathos larmoyant, mais il a su choisir un jeu mesuré, subtil, en accord avec l'écrit de Zweig.

 

Je vous conseille fortement cette adaptation, qui a déjà été jouée plus de mille fois, et qui est proposée par le Théâtre Capre Diem (basé à Argenteuil).

 

Petite précision finale : c'est volontairement que je ne copie pas ici le résumé de la nouvelle, pour que ceux qui voudraient voir la pièce vierges de toute information aient le plaisir de la découverte.

 

challenge ich-liebe-zweig


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Mardi 29 décembre 2 29 /12 /Déc 17:46
cyrano
" C'est un roc !... c'est un pic ! c'est un cap !Que dis-je, c'est un cap ? C'est une péninsule ! " La scène se passe en 1640. Provoqué par un fâcheux, Cyrano se moque. De lui-même et de son nez, objet de sa disgrâce. Séduire Roxane ? Il n'ose y songer. Mais puisqu'elle aime Christian, un cadet de Gascogne qui brille plus par son apparence que par ses reparties, pourquoi ne pas tenter une expérience ? " Je serai ton esprit, tu seras ma beauté, dit Cyrano à son rival. Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté. "

Mais que c'est beau! Mais que c'est grand! Je n'en reviens pas. Moi qui habituellement n'aime pas lire le théâtre, j'ai eu un véritable coup de coeur pour Cyrano de Bergerac.
Une histoire poignante, mais surtout, surtout, une verve, grands dieux!  Quelle éloquence!! J'en suis toute retournée.
Je pense que vous connaissez tous l'histoire, vous savez tous que Cyrano est maître dans l'art de parler, mais qu'il a un pif terriblement disgracieux? Qu'il aime Roxane en secret? Qu'il aide Christian à la séduire? Bref, ce billet sera court, je n'ai qu'une seule chose à dire : chef-d'oeuvre.

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques petits vers :

Acte I, scène IV :
Le Vicomte
"Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule !"

Cyrano, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter.

"Ah?... Et moi, Cyrano-Savinien-Hercule De Bergerac."

 

Acte II, scène VIII :

"Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ?"...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !"

 

Acte V, scène VI :
"C'est bien plus beau lorsque c'est inutile!".

coffre
Et c'est ainsi que je réussis mon challenge "blog-o-trésors"
: il s'agissait du quatrième et dernier titre que j'avais choisi de lire en 2009.
Cette pièce entre aussi dans le cadre du challenge "j'aime les classiques".
defi_classique.jpg

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Dimanche 25 octobre 7 25 /10 /Oct 15:28

Au sommet de son pouvoir mais à la fin de sa vie, le cardinal Mazarin achève l'éducation du jeune roi Louis XIV, sous le regard de la reine-mère Anne d'Autriche et d'un Colbert qui attend son heure. Tous ces personnages, leurs calculs et leurs rivalités ne sont pas sans rappeler les jeux du pouvoir et ces liens étroits entre affaires publiques et vie privée dont nous sommes témoins aujourd'hui sur la scène politique. Tant il est vrai que les régimes changent mais que les motivations des hommes restent les mêmes...

Claude Rich est magistral en Mazarin, il joue à la perfection cet homme aux rênes du pouvoir, plein de richesses, mais qui se défie de tous et voit la mort arriver avec effroi. Le personnage est d'importance, et pourtant Claude Rich arrive à lui insuffler une légèreté qui le rend attachant! Les personnages secondaires sont très bien joués aussi, mais vraiment Claude Rich est formidable!
Et les dialogues, mais comme j'ai ri!! Quel dommage que je ne puisse pas vous donner quelques extraits savoureux (impossible de me les rappeler exactement)!
Sachez que cette pièce ne vaut pas le détour que pour le jeu des acteurs et la qualité du texte : j'y suis moins sensible, mais elle a remporté deux Molières cette année, dans les catégories "décorateur" et "création lumière".

Les critiques sont positives elles aussi... Je vous en livre une synthétique mais qui dit l'essentiel : « Une brillante pièce, des acteurs souverains, un décor d’une somptuosité parfaite. » Bernard Thomas, Le Canard Enchaîné.

Cette création du Théâtre Montparnasse est jouée depuis septembre 2008, et en tournée jusqu'au printemps, un peu partout (Roubaix, Biarritz, Meaux, Genève, Nancy...) ; ne la manquez pas si elle passe près de chez vous!

Merci à Edelwe grâce à qui et avec qui je suis allée voir cette pièce hier soir!

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