Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

Publié le par kalistina

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Les barrages de la mère dans la plaine, c'était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C'était la grande rigolade du grand malheur. C'était terrible et c'était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l'air, ces barrages, d'un seul coup d'un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l'oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c'était qu'ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail. 

Suzanne, son frère Joseph et leur mère vivent, ou plutôt survivent, dans une petite concession incultivable de l’Indochine, sur les bords du Pacifique. Dans ce coin perdu, sans ressources, leur seul délassement est d’aller parfois à la ville, à une heure de route, pour danser, boire et rencontrer les rares gens de passage.

J’avais déjà lu ce roman il y a quelques années et je l’ai relu, d’abord un peu à contrecoeur, et puis finalement avec plaisir.

Duras exprime la misère sans pudeur, voire avec une certaine ostentation ; on se la prend en pleine face, on ne peut pas y couper. La vie de la mère est pitoyable, dans les deux sens du terme. Quant à M. Jo, le riche héritier qui courtise Suzanne, il a beau être plein aux as, il fait pitié. Les héros n’ont que mépris pour lui ; le narrateur, et donc le lecteur entraîné avec lui, est plutôt de son côté, ne comprenant pas ces gens qui rient malgré leur malheur, toujours cyniques. Du coup, on est plutôt condescendant envers ce pauvre type…

Le ton est souvent amer, désabusé, surtout pour évoquer l’imposture coloniale et les drames qu’elle provoque. On hésite : est-ce totalement noir ? Ou la fraîcheur de Suzanne, qui ressemble diablement à Marguerite, apporte-t-elle la touche d’espoir qui permet d’aller quand même de l’avant ?

Cette histoire forte est servie par l’écriture particulière de Duras. Le style n’est pas encore totalement haché comme il le deviendra dans ses autres œuvres ; c’est le roman de la transition, écrit au début de sa carrière, où elle a une écriture parfois encore assez classique, mais déjà bien tranchante par moments.

J’aimerais bien lire un Duras au style franchement marqué, lequel me conseillez-vous ?

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Alexandra 25/03/2008 09:19

J'ai lu ce roman il y a fort longtemps et j'en ai gardé un souvenir impérissable. Tu as sans doute lu l'un de ses plus grands romans. J'en connais quelques autres mais dans la veine nouveau roman et j'avoue que j'apprécie nettement moins.

kalistina 26/03/2008 23:05


Je voudrais justement pouvoir faire la comparaison... mais rien ne presse ;-)


nath 03/03/2008 07:52

Ce roman est dans ma PAL depuis plusieurs mois. C'est une amie qui me l'a conseillé un jour car elle en a adoré sa lecture et ton billet enthousiasme me donne en vie de me plonger dans ce roman ... De cette auteure, j'ai lu "L'amant" et ma belle-maman a lu "Une pluie d'été". Sinon, en surfant sur la blogsphère un jour, j'ai noté "L'amour" de cette auteure mais de ces 2 romans, je ne sais vraiment pas de quoi ça parle. La seule chose que je peux te dire c'est que ce sont des romans courts. Bises

kalistina 05/03/2008 23:12

J'espère que tu aimeras et surtout que tu en feras une critique sur ton blog :o)

virginie 27/02/2008 12:26

Voici quelques titres que j'avais beaucoup aimé quand je les avais lus il y a quelques années et qui m'ont fait apprécier Marguerite Duras : "Les petits chevaux de Tarquinia", "dix heures et demie en été" et "le marin de Gibraltar". On y retrouve les thèmes chers à M. Duras, l'amour, la solitude, l'ennui, l'éternel conflit entre les hommes et les femmes ... et les lieux, l'Italie, l'Espagne en plein été. Ca peut être une piste. D'en parler, ça me donne envie de les relire pour voir s'ils me laisseraient la même impression maintenant.

kalistina 27/02/2008 23:38

Merci beaucoup pour ces titres! Je note surtout le premier, dont j'avais déjà entendu parler.

florinette 25/02/2008 17:09

À ce jour, je n'en ai lu qu'un seul de Duras, c'est celui que tu présentes et j'en garde un très bon souvenir, par contre, je n'ai jamais poursuivis avec cet auteur, à tort certainement, donc je vais profiter de ta question pour me noter "L'amant" qui me semble bien !

kalistina 25/02/2008 21:59

Je lirai ta note avec attention.

Alain-le-Vilain 25/02/2008 11:14

Coucou Kali!!Je ne pourrai pas te conseiller car n'ayant pas lu Magguy ;)) en revanche même si cela n'a rien rien à voir, j'ai lu beaucoup de romans de Pearl Buck, il y a fort longtemps, une américaine qui a vécu de années en Chine depuis sa petite enfance et qui a fait connaître l'Orient et ses petites gens.Bonne semaine et à bientôt 

kalistina 25/02/2008 21:59

Je n'ai jamais lu Pearl Buck, même si j'en ai beaucoup entendu parler...Pourquoi ce pseudo aujourd'hui? Qu'as-tu donc fait pour devenir vilain?!