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Vendredi 15 février 2008
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Le jour de Noël 1860, devant la cathédrale de Beaumont enneigée, Angélique, une enfant trouvée et martyrisée, cheveux blonds et regard couleur de violette, est recueillie par Hubertine et son mari Hubert. Ils élèvent la sauvageonne qui apprend la broderie et se met à lire avec passion La Légende dorée de Jacques de Voragine. Une vie de travail et de piété, illuminée bientôt par l'idylle qui se noue entre Angélique et Félicien.

 
Voilà un tome des Rougon Macquart bien particulier…

On peut faire deux lectures de ce court roman (à peine 200 pages).

La première consiste à voir dans cette histoire une sorte de « feux de l’amour » sauce 1880. Elle est pauvre, orpheline, recueillie par un couple de gentils chasubliers, pieux et stériles, et elle grandit dans la pureté de la foi ; elle rencontre, à 16 ans, un magnifique prince charmant, beau comme un dieu (c’est le cas de le dire), dont elle va découvrir la véritable identité, puis ils devront dépasser tous les obstacles de leur chemin grâce à la force de leur amûûûr. Un vrai conte de fées, plein de beaux sentiments tout blancs, à mettre entre les mains de toutes les prudes jeunes filles.

A première vue, on est bien loin des alcooliques à tendance meurtrière qui peuplent les autres romans de Zola ; le côté bluette du Rêve a d’ailleurs valu à l’auteur un certain nombre de railleries à l’époque de sa sortie (citons par exemple ce vilain Anatole France, disant dans un article de presse, « s’il fallait absolument choisir, à M. Zola ailé, je préfèrerais encore M. Zola à quatre pattes »).

Cependant, à y regarder de plus près, Le Rêve a lui aussi son côté sombre, qui lui donne toute sa place dans la saga de ces timbrés de Rougon. Angélique, l’héroïne, est très pieuse ; certes, mais grâce à quoi ? Grâce à la lecture quotidienne de La Légende dorée, un livre du Moyen-Age qui raconte la vie des saints, mais surtout toutes les atrocités qu’ils doivent subir pour le devenir. C’est raconté avec moult détails bien dégoûtants et Angélique s’en repaît…

Et puis bon, elle est pure, d’accord, mais elle fait quand même des rêves du genre freudiens avant l’heure, et à plusieurs reprises, elle allume franchement son pauvre fiancé qui ne sait comment réagir (inconsciemment toujours, m’enfin…).

Bref, on est à tout moment dans le doute, on se demande sans cesse comment comprendre la mystérieuse Angélique. C’est un Zola très original, que j’ai finalement beaucoup aimé.

Lundi 14 janvier 2008
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Pandora et Aurélia sont de chair et de sang, de lumière et d'horizons : la première évoque un monde de théâtre, la seconde nous plonge dans une quête au-delà de la vie, à la recherche d'une figure mystique et salvatrice. Plus qu'un voyage, c'est une véritable odyssée !

Voyant parmi les visions fugaces de femmes disparues, d'ancêtres regrettés, de paysages merveilleux et inconnus, Gérard de Nerval nous entraîne dans les méandres de son âme et de sa folie.

A travers son regard, nous vivons ses hallucinations, nous partageons ses mystères. Lire Gérard de Nerval, c'est voguer vers l'inconnu. Après, rien n'est plus comme avant. Vous pensiez être dans le réel ? Erreur, le réel n'est que la fusion du rêve et de la vie !

 

Difficile de présenter clairement et sobrement un texte qui ne l’est pas… Aurélia (puisque c’est ce texte que j’ai lu), c’est l’expression par Gérard de Nerval de son expérience.
 

Esotérisme ? Folie ? Créativité proche du divin ? Lui, en tout cas, semblait se poser la question. Il met ses rêves en mots, sans fard ; il met à nu ce que beaucoup prenaient pour des crises de démence. Lui nous parle plutôt de plongées dans un autre univers, celui que le rêve crée en hissant un pont entre la vie réelle, et l’autre (celle de la mort ? celle des fantasmes ? celle du supernaturel ?).

 

Qu’il soit fou ou créateur génial, celui qui inspira le surréalisme semble se plaindre de ce que la mise en mots altère nécessairement l’infini du monde « autre » qu’il découvre dans ses rêves. Pourtant, il semble maître de ce langage, et truffe son récit de références culturelles (qui m’ont certainement échappé pour la plupart).

 

C’est une lecture complexe, vers laquelle je ne me serais pas tournée sans la prescription universitaire, mais que je ne regrette pas d’avoir faite. Je n’avais jamais lu quoi que ce soit de ce genre et ça ouvre des tas de perspectives livresques (peut-être vais-je enfin lire le Breton qui est dans ma PAL depuis des lustres !).

Mercredi 2 janvier 2008

Trois ouvrages pour le prix d’un :-)

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J’ai lu Le rêve de d’Alembert, le Supplément au voyage de Bougainville et enfin Contes et entretiens.

Le premier, lu avant les autres, m’a donné quelques maux de tête… Diderot expose ses théories matérialistes et, expliquer pourquoi et comment « tout est matière », je vous assure que ce n’est pas de la tarte. Heureusement, il choisit la forme du dialogue et on lit donc un certain nombre de répliques savoureuses, pleines d’ironie, dans un ton résolument moderne.

Le supplément au voyage de Bougainville est bien différent. On a encore un dialogue entre deux personnages, un naïf et l’autre détenteur du savoir, et encore un ton en apparence léger qui permet de transmettre des messages au sens fort. Beaucoup plus simple à lire et à comprendre, ce supplément m’a vraiment apporté un bon moment de lecture. Diderot y dénonce les travers de la civilisation occidentale, les rapports homme/femme ou la morale chrétienne et les codes civils qui tous deux vont parfois à l’encontre de la nature et de son bon sens. C’est stupéfiant de modernité.

Quant aux Contes et entretiens, j’en ai lu 4 sur les 6, et j’y ai retrouvé ce questionnement sur la conception de la vertu, parfois bien absurde, les rapports homme/femme et l’humour de Diderot. L’un des « contes » m’a semblé particulièrement intéressant, en dénonçant « l’inconséquence du jugement public », ou comment juger le comportement de ses voisins peut parfois entraîner bien des malheurs, uniquement dus à la mesquinerie et à l’hypocrisie.

Bref, si je ne vous conseille pas de découvrir Diderot avec Le rêve de d’Alembert, je vous assure néanmoins que la lecture d’un des deux autres ouvrages est vraiment enrichissante ; ou comment réfléchir sans s’en rendre compte, en lisant la prose d’un homme qui disait des choses profondes dans une langue simple et amusante. En plus ils sont franchement vite lus :o)  

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