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Dimanche 23 mars 2008

Peu de mondes semblent aussi éloignés l'un de l'autre que ceux de Somerset Maugham et de George Orwell. On découvre pourtant avec surprise dans un essai de l'auteur de 1984 qu'il admirait " immensément " Maugham pour son " talent à raconter une histoire sans la moindre fioriture ". Au lecteur de se laisser séduire par une invraisemblable histoire d'amour dans le Hong Kong de la grande époque coloniale anglaise avec adultère, épidémie, général chinois, bonnes sœurs... Ingrédients que Maugham mélange avec un art consommé du récit et une maîtrise raffinée de la " belle ouvrage ".
 

Kitty est une jeune femme écervelée, frivole, qui vit avec passion sa liaison adultérine avec Charlie, fonctionnaire haut gradé et non moins superficiel. Pourtant, Walter, son mari, est fou d’elle et fait tout pour la combler. Elle en a bien conscience, mais ça lui est royalement égal ; elle se trouve déjà bien magnanime de partager sa vie.

Kitty, donc, n’est pas franchement femme réfléchie ; lorsque survient « un certain événement » (ne spoilons pas !), elle n’en revient pas, n’ayant rien vu venir. Son cadre de vie change radicalement, et elle se pose bien sûr en grande victime.

Peu à peu, la misère de ceux qu’elle devra côtoyer la fait réfléchir et devenir plus humaine…

Elle m’a prodigieusement énervée à plusieurs reprises ; tout comme Walter m’a surprise et vraiment touchée. Ce court roman est une réussite, par le talent qu’a l’auteur de dépeindre la psychologie de ses personnages, de susciter chez le lecteur une profonde empathie et de l’immerger dans une atmosphère toute particulière, douloureuse mais « vivante ».

Merci à Stéphanie pour ce cadeau : c’est le livre que j’avais gagné cet été lors du pique-nique de la blogosphère !

Mercredi 23 janvier 2008
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Jubilant dans le baroque aux confins de l'érotisme, du fantastique et de la mort, Les Métamorphoses d'Apulée (IIe siècle), seul roman latin dont nous possédions le texte intégral, racontent à la première personne les tribulations d'un nef trop curieux qu'une opération de sorcellerie ratée a transformé en âne mais qui n'en pense pas moins, et tissent dans tous les styles la trame parodique d'une comédie humaine dont le dénouement est procuré par l'intervention d'Isis-Reine, Déesse Éminentissime.

" Ce livre est un chef-d'œuvre. II me donne à moi des vertiges et des éblouissements; la nature pour elle-même, le paysage, le côté purement pittoresque des choses sont traités là à la moderne et avec un souffle antique et chrétien tout ensemble qui passe au milieu. Ça sent l'encens et l'urine, la bestialité s'y marie au mysticisme, nous sommes bien loin encore de ça nous autres comme faisandage moral. » (Gustave Flaubert, 1852).
 
J’ai beaucoup aimé lire les aventures de Lucius, personnification du dicton « la curiosité est un vilain défaut ». Il est bien sympathique, mais pas très malin. Il ne pense qu’à deux choses : la bagatelle et la magie, qui le fascine. Ca le mènera rapidement à sa perte, et il se retrouvera, par mégarde, transformé en âne.

A partir du moment de sa métamorphose, il va bien sûr être victime de nombreux coups du sort, maltraité, échappant à la mort à plusieurs reprises… Ca devrait être dramatique, mais il est trop bêta pour qu’on puisse s’empêcher de rire de lui.

Les passages grivois ou ésotériques ne sont pas toujours passionnants au premier abord, mais c’est cette multiplication des genres qui rend le roman intéressant. On a de tous les genres, tous les registres…

Je vais sûrement en faire bondir certains, mais on dirait du Pratchett latin, dans le sens où c’est une grosse farce qui tourne en dérision le style d’écriture et la pensée de l’époque. Ca n’est pas si délirant que ça dans l’absolu, loin de là, mais c’est la première fois que je lis quelque chose de comique pour des cours de latin.

Sachez tout de même qu’à traduire, c’est beaucoup moins drôle… Apulée écrit au 2e siècle après J.C. et les latinistes comprendront mon désarroi face à ce mélange permanent de latin classique et de bas latin… Et je peux même vous prédire un truc : à commenter à l’oral, ça risque d’être une franche rigolade pour l’examinateur et un grand moment de solitude pour moi :-/

Je vous le conseille donc, déjà pour le plaisir parce que c’est bien plaisant, et aussi pour connaître ce qui semble avoir inspiré pas mal d’auteurs et qui a fait rire des générations de soldats romains (ben oui, vu le nombre de romans sur le marché à l’époque, c’était pas si dur de faire un best-seller).

J'émets tout de même un petit bémol au sujet de l'édition chez Folio classique, qui aurait tout de même pu choisir un autre passage pour la 4e de couverture : c'est du genre salace et ça m'a valu quelques coups d'oeil choqués des voyageurs assis autour de moi dans le train. Heureusement que je prenais des notes, genre, attention, c'est du sérieux même si ça n'en a pas l'air!

Dimanche 25 novembre 2007
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Un écrivain reçoit la lettre d'une femme qui l'a aimé toute sa vie en silence ; elle l'a connu alors qu'elle n'était encore qu'adolescente, et n'a immédiatement vécu que par lui, qui ne se rendait compte de rien.

 
Je ne vous en dis pas plus, même s’il ne s’agit de toutes façons pas d’une nouvelle à suspense…

Cette nouvelle, c’est l’amour, c’est l’émotion à chaque page. Cette femme raconte sa vie, tout l’amour qu’elle a ressenti jour après jour pour un homme qui ne se souvient même pas d’elle. Elle a construit sa vie entière autour de cet amour, et se déclare enfin, dans des circonstances dramatiques.

L’essentiel de la nouvelle est constituée de la lettre elle-même, que l’homme qui l’a reçue est en train de lire. On ne connaît pas ses réactions avant la fin de sa lecture, mais on imagine, au fur et à mesure, ce qu’il peut, ce qu’il devrait, même, ressentir en lisant une telle déclaration. C’est très émouvant ! Une belle lecture, comme toujours avec Zweig.

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