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littérature classique étrangère


Dimanche 15 janvier 7 15 /01 /Jan 19:47

poidsdelagrace

L'oeuvre de Joseph Roth est faite d'ironie, de dérision, d'humour et d'une infinie compassion pour ses personnages. Une grande liberté d'expression alliée à une précision méticuleuse, une extrême rigueur, en font l'un des plus grands prosateurs de la langue allemande. Il a ce goût viennois de la plaisanterie, de la pointe amère et sceptique. Mais il a aussi un côté « prophète » qui s'exprime en particulier dans Le Poids de la grâce, et qui l'apparente parfois à Isaac Bashevis Singer.

 

Mendel Singer enseigne la Torah aux enfants de sa communauté, quelque part aux confins de la Russie occidentale, peu de temps avant la Première Guerre Mondiale. Il vit humblement avec sa femme, Déborah, et ses quatre enfants.

Les frères et soeurs ne se ressemblent pas : Jonas veut s'émanciper des traditions juives et devenir un Russe "comme les autres", pour servir le tsar, ce qui terrorise ses parents ; Myriam est une beauté et a soif de vivre, ce qui occasionnera là encore les inquiétudes parentales ; Menouhim, le petit dernier, est gravement handicapé depuis toujours, mais Déborah a confiance en les prédictions du rabbin : son benjamin, un jour, sera miraculeusement sauvé. Chemariah, le cadet, est l'intellectuel de la famille ; contrairement à son frère Jonas, porter les armes ne luit dit rien et, lorsqu'il est appelé, il préfère fuir le pays pour émigrer aux Etats-Unis.

 

Malgré cette brève présentation du roman, le héros, c'est bien Mendel, le père de famille. Tout tourne autour de lui, de son rôle de père, de mari et de modèle de piété. La vie ne l'épargnera pas et sa foi aura bien des raisons d'être ébranlée.

Ce roman a été publié en France sous un autre titre également ; Job. Ce choix me plaît infiniment moins que Le poids de la grâce, que je trouve très poétique et particulièrement bien trouvé. Néanmoins, Job est assez parlant aussi, puisque, tel le patriarche biblique, Mendel verra lui aussi sa foi mise à l'épreuve par Dieu.

 

Les questionnements sur la religion et plus simplement sur la vie sont au coeur du roman. Mendel Singer est un homme, avec ses faiblesses, ses interrogations, ses doutes, et toute cette humanité est magnifiquement retranscrite.


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Vendredi 23 décembre 5 23 /12 /Déc 13:37

bartleby.gif

"J'aimerais mieux pas" répond invariablement Bartleby, simple scribe dans un bureau de Wall Street, quand on lui demande de faire quelque chose. L'étrange et inquiétante obstination qu'il met à refuser de travailler et même à sortir de l'étude reste incompréhensible au notaire qui se sent défié. Elle fait de Bartleby une figure émouvante et déconcertante, aussi insaisissable que la phrase qui le résume, interprétée comme la formule de la résistance passive. 
Ce court chef-d'œuvre d'Hermann Melville (1819-1891) exerce toujours une véritable fascination.

 

Voilà des jours que je repousse l'écriture de ce billet. Je voudrais vous dire, de façon claire et convaincante, combien ce petit texte m'a marquée et vous exprimer tout ce qu'il a de fascinant. Je me creuse, mais les phrases percutantes ne viennent pas.

Je vous dirai simplement que Melville signe là un fabuleux mélange du triste et du loufoque, et que je suis bien déçue de ne plus être élève ou étudiante, parce que j'aimerais beaucoup analyser cette nouvelle et comprendre tout ce qu'elle recèle, ce que je soupçonne mais ne saisis pas.

Je comprends que cette oeuvre ait marqué et marque encore les esprits.

 

Les billets d'Anne et Céline.


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Samedi 6 août 6 06 /08 /Août 22:04

moby_dick.gif

Avec Moby Dick, Melville a donné naissance à un livre-culte et inscrit dans la mémoire des hommes un nouveau mythe : celui de la baleine blanche. Fort de son expérience de marin, qui a nourri ses romans précédents et lui a assuré le succès, l'écrivain américain, alors en pleine maturité, raconte la folle quête du capitaine Achab et sa dernière rencontre avec le grand cachalot. Véritable encyclopédie de la mer, nouvelle Bible aux accents prophétiques, parabole chargée de thèmes universels, Moby Dick n'en reste pas moins construit avec une savante maîtrise, maintenant un suspense lent, qui s'accélère peu à peu jusqu'à l'apocalypse finale. L'écriture de Melville, infiniment libre et audacieuse, tour à tour balancée, puis hachée au rythme des houles, des vents et des passions humaines, est d'une richesse exceptionnelle.

 

Cette 4e de couverture n'est pas mensongère, et j'y retrouve les deux aspects qui ont le plus marqué ma lecture.

Le premier a été le style, une langue absolument remarquable, à laquelle je ne m'attendais pas. Je m'attendais certes à quelque chose de bien écrit, la réputation du livre ne pouvant pas être usurpée, mais j'ai trouvé une telle verve, un jeu avec la langue, maîtrisée, sublimée, que j'en ai été parfaitement subjuguée. Je viens de rouvrir la première page pour écrire ce billet, pour me remettre un peu dans l'ambiance du roman, et j'en suis déjà transportée.

Le second est caché derrière l'expression "suspense lent". Disons que l'adjectif m'a plus frappée que le nom qu'il qualifie, voyez... C'est là que j'ai vu que j'étais une lectrice finalement bien terre-à-terre. Même la plume la plus admirable n'a pu me faire oublier indéfiniment le contenu : des marins, qui chassent le gros poisson, si possible l'énorme cachalot (car oui, à l'époque, tout ce qui se trouve dans l'eau est un poisson, baleines comprises). Ou en tout cas qui tentent, qui ont pour objectif d'en attraper un ou deux, tant qu'à faire Moby Dick. Mais, à la page 290, en tout cas, celle où j'ai déclaré forfait, c'était pas gagné.


Je suis déçue, si déçue, d'avoir été tellement emballée par cette plume magnifique, pour finalement jeter l'éponge pour la simple et mauvaise raison qu'il ne se passe absolument rien... Je lirai Barleby le scribe pour renouer avec Herman Melville. Puisse-t-il me donner une seconde chance.


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Jeudi 28 avril 4 28 /04 /Avr 10:27

trois hommes dans un bateau

Las de la vie qu'ils mènent à Londres, trois amis décident de prendre des vacances. Malgré les protestations de leur chien Montmorency, les voilà partis en bateau sur la Tamise, bien résolus à mener une vie saine, heureux de découvrir les charmes de la campagne anglaise. Voilà un paisible voyage qui devient un enchaînement de catastrophes hilarantes...

 

Comme je voulais lire Sans parler du chien de Connie Willis, j'ai d'abord lu ce roman de Jerome K. Jerome auquel celui de Willis rend hommage (sans parler du chien étant le sous-titre).

C'est semble-t-il un roman culte pour les anglo-saxons, qui les fait rire aux éclats. Les fous rire en lisant, j'en ai rarement, et je n'ai donc pas ri avec celui-ci non plus ; mais j'ai souvent souri, parce que c'est assez mordant. Le narrateur est un jeune homme d'une mauvaise foi confondante, feignant, désinvolte, imbus de sa personne, et ses deux camarades ne valent guère mieux.

 

Un petit exemple sera plus parlant :

"J'annonçais mon intention de prendre personnellement en charge la préparation des bagages. Je me flatte en effet de n'avoir pas mon pareil pour boucler une valise. Je dirais même que préparer les bagages fait partie des nombreuses activités dans lesquelles mon savoir-faire dépasse de très loin celui de mes contemporains. (Ces activités sont d'ailleurs si diverses qu'il m'arrive parfois d'en être moi-même surpris.) Ayant insisté auprès de George et de Harris sur ce talent particulier, je leur affirmai qu'ils avaient tout avantage à me confier entièrement cette tâche. L'empressement avec lequel ils approuvèrent ma proposition avait, à dire vrai, quelque chose d'équivoque. George alluma aussitôt une pipe et s'affala dans le fauteuil ; quant à Harris, il posa les pieds sur la table et entreprit de fumer un cigare.

Ce n'était pas ainsi que j'avais imaginé les choses. Mon intention était plutôt de prendre la direction des opérations et de leur indiquer ce qu'ils avaient à faire ; bien entendu, ils auraient manifesté une certaine maladresse et j'aurais dû sans cesse intervenir pour corriger leurs erreurs en leur lançant, de-ci de-là, des : "Ah, toi, vraiment! Quel maladroit! Allons, laisse-moi faire ça, ça ira plus vite! Regarde, ce n'est quand même pas si difficile!" Je les aurais fait bénéficier de mon savoir, pour tout dire. Aussi leur réaction m'irrita-t-elle passablement. Rien ne m'irrite davantage que de voir des gens assis à ne rien faire pendant que moi, je travaille".

 

Les avis d'Allie et de Doriane.


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Samedi 2 octobre 6 02 /10 /Oct 20:21

Anna-karenine

«Chaque fois que Vronski lui adressait la parole, un éclair passait dans les yeux d'Anna, un sourire entrouvrait ses lèvres ; et, si désireuse qu'elle parût de la refouler, son allégresse éclatait en signes manifestes. "Et lui ?" pensa Kitty. Elle le regarda et fut épouvantée, car le visage de Vronski reflétait comme un miroir l'exaltation qu'elle venait de lire sur celui d'Anna.»

 

Faut-il vraiment, et peut-on vraiment, faire une brève présentation de l'intrigue... Je vais m'y risquer, au cas où vous ne connaîtriez pas l'histoire. Anna fait partie de la bonne société russe, elle a une excellente situation en étant mariée à Karénine et déborde d'amour pour son fils. Elle est assez proche de son frère, Oblonski, un haut fonctionnaire terriblement désinvolte et égoïste, mais toujours débordant de gaité, et par la même occasion de sa belle-soeur, la douce Dolly. Dolly a plusieurs soeurs, dont Kitty, qui se fait courtiser par Lévine, grand ami d'Oblonski mais au caractère franchement différent, et par Vronski, qui courtise à peu près n'importe quelle jolie minette en jupons. Je vous ai cité les principaux personnages... et bien évidemment, il y aura, entre eux, de la passion, de l'amour, des déchirements, des désaccords... tout, quoi!

 

Je n'ose pas vous dire tout simplement que j'ai adoré ce roman. J'aurais l'impression de lui faire affront, avec une platitude pareille. Pourtant comment le dire autrement? Anna Karénine, c'est un chef-d'oeuvre! Tout y est! C'est un énorme coup de coeur (dexuième platitude).

J'ai corné je ne sais combien de pages au fur et à mesure de ma lecture. Tolstoï a une écriture véritablement prenante, et pas du tout difficile d'accès comme on peut se l'imaginer, ce qui donne une lecture résolument moderne, d'autant plus que ses thèmes sont intemporels (l'amour, l'amitié, la fraternité, la naissance, la mort etc.).

 

Tous les personnages, absolument tous, ont une personnalité, des traits de caractère finement pensés, ce qui donne à l'ensemble du roman une étoffe incomparable. Karénine, par exemple, n'est pas seulement un homme intégre et malheureux, il a aussi une suffisance et une vision du monde qui l'entoure qui le rendent terriblement antipathique malgré ses malheurs. Anna, somptueuse, mère aimante, amie à l'écoute, soeur attentive, est aussi une femme qui découvre la passion ; et la passion, ce n'est pas l'amour... Enfin, pour moi, la différence existe, et c'est sur le compte de la passion que je mets certains nouveaux traits de caractère d'Anna qui la rendent parfois franchement agaçante.

 

Je ne vais pas vous faire le portrait de chacun (Tolstoï s'en est chargé!) mais je voudrais tout de même dire deux mots sur deux personnages qui m'ont plus particulièrement touchée. J'aime beaucoup le père des princesses Stcherbatski ; ses avis ne sont pas toujours "politiquement corrects", mais souvent fins, et il a beaucoup d'humour. Petite discussion entre le prince et une dame de ses connaissances :

"Le fait est, ma chère [en réponse à sa femme], qu'on s'ennuie ici à périr.

- Comment cela, mon prince! s'exclama Marie Evguénievna. Il y a maintenant tant de choses à voir en Allemagne.

- Mais je les ai toutes vues. Je connais le potage aux pruneaux et le saucisson aux pois. Cela me suffit".


L'autre personnage dont je voulais parler est l'un des principaux héros du roman : Lévine. Tolstoï a mis beaucoup de lui-même dans Konstantin Levine (merci aux notes de l'édition Folio!), peut-être est-ce pour cela que son personnage est si riche, si intéressant. Lévine est un gros propriétaire agricole, taraudé par ses réflexions. Son esprit carbure en continu, et il n'a de cesse de réfléchir à la condition ouvrière, aux grandes questions d'agronomie, aux théories religieuses et philosphiques sur la mort... Certains passages, où Tolstoï nous livre la pensée de Konstantion, sont assez longs, mais ils ne m'ont pas du tout paru ennuyeux, c'est passionnant de lire ce cheminement intellectuel. Levine a en outre une haute opinion de l'amour (pas comme son ami Oblonski...) et...

SPOILER, attention SPOILER! J'adore la relation qu'on voit naître entre Kitty et lui, et le passage de la demande en mariage m'a fait verser quelques larmichettes d'émotion, surtout quand j'ai lu dans le dossier qui suit le roman que Tolstoï avait fait sa demande de la même façon! So cute! FIN DU SPOILER

 

L'esprit, le style, l'intrigue, les personnages, tout est dans ce roman. C'est sublimissime, c'est un chef-d'oeuvre, courez le lire!

Un merci plus que chaleureux à  Bladeor pour ce cadeau si bien choisi!

 

Les billets de Bladelor, Erzébeth, Jelydragon, Karine, Keisha, Lounima, Romanza.

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