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Samedi 23 février 2008
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Les barrages de la mère dans la plaine, c'était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C'était la grande rigolade du grand malheur. C'était terrible et c'était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l'air, ces barrages, d'un seul coup d'un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l'oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c'était qu'ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail. 

Suzanne, son frère Joseph et leur mère vivent, ou plutôt survivent, dans une petite concession incultivable de l’Indochine, sur les bords du Pacifique. Dans ce coin perdu, sans ressources, leur seul délassement est d’aller parfois à la ville, à une heure de route, pour danser, boire et rencontrer les rares gens de passage.

J’avais déjà lu ce roman il y a quelques années et je l’ai relu, d’abord un peu à contrecoeur, et puis finalement avec plaisir.

Duras exprime la misère sans pudeur, voire avec une certaine ostentation ; on se la prend en pleine face, on ne peut pas y couper. La vie de la mère est pitoyable, dans les deux sens du terme. Quant à M. Jo, le riche héritier qui courtise Suzanne, il a beau être plein aux as, il fait pitié. Les héros n’ont que mépris pour lui ; le narrateur, et donc le lecteur entraîné avec lui, est plutôt de son côté, ne comprenant pas ces gens qui rient malgré leur malheur, toujours cyniques. Du coup, on est plutôt condescendant envers ce pauvre type…

Le ton est souvent amer, désabusé, surtout pour évoquer l’imposture coloniale et les drames qu’elle provoque. On hésite : est-ce totalement noir ? Ou la fraîcheur de Suzanne, qui ressemble diablement à Marguerite, apporte-t-elle la touche d’espoir qui permet d’aller quand même de l’avant ?

Cette histoire forte est servie par l’écriture particulière de Duras. Le style n’est pas encore totalement haché comme il le deviendra dans ses autres œuvres ; c’est le roman de la transition, écrit au début de sa carrière, où elle a une écriture parfois encore assez classique, mais déjà bien tranchante par moments.

J’aimerais bien lire un Duras au style franchement marqué, lequel me conseillez-vous ?

Samedi 10 novembre 2007
 
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Et si, vers juin 40, Chimène se réincarnait, métamorphosée, en Luz, jeune réfugiée de la guerre d'Espagne, au milieu des ruines de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon? Et si Max, jeune fils de juge, devenait chaque soir son Rodrigue fou d'amour? Et si, un de ces soirs, un ténébreux nommé Gérard remplaçait Max dans le rôle de Rodrigue et le cœur de Luz? Et s'il promettait de revenir jouer Le Cid en Avignon, quand il serait devenu comédien? Et si c'était Gérard Philipe...?
 

Luz est une héroïne tragique tout comme Chimène qu’elle aime à incarner. Max, lui, semble être une sorte de anti-héros, qui ferait pâle figure à côté de Gérard, glorifié du fait de son absence. Quant à Amparo, elle reste dans l’ombre, et pourtant…
C’est beau, c’est l’amour, les héros ne sont pas ceux que l’on croit, le mystère n’est pas là où l’on s’y attend. D’une beauté tragique, avec un style assez puissant.
J’ai préféré « et mon mal est délicieux » à «effroyables jardins » que j’avais déjà beaucoup apprécié. La fin est à la hauteur de ce qui précède !

Mercredi 12 septembre 2007
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Dans un petit collège de l'Est de la France, une jeune enseignante se morfond. Isolée au fin fond d'une province revêche, où gens et paysages sont pareillement gelés, elle s'interroge : où est la liberté qu'elle s'était promise ? où sont les joies de la profession ? où se trouve l'avenir ?

Souffrances physiques et désenchantements attendent les jeunes recrues idéalistes formées au moule de l'université mais inaptes à affronter les réalités de l'enseignement et de l'exil.

Tranchant avec la morosité ambiante, s'écartant résolument des leçons à donner ou à prendre, la narratrice décide alors de suivre ses penchants pour le rêve, la lecture et les voyages en chambre et de s'en remettre à sa nature vagabonde.

Dans ce roman de combat et d'illusions retrouvées, sur un ton parfois rageur, parfois enjoué, l'auteur nous fait assister à une rédemption, celle d'une vie sauvée par l'imagination et l'écriture.

 

J’ai lu ce roman avec une attention toute particulière puisque je suis une jeune enseignante, tout comme la narratrice. Je l’ai lu la semaine avant la rentrée, ça n’était peut-être pas l’idée du siècle, puisqu’on ne peut pas dire que tout soit rose pour l’héroïne et j’ai parfois tendance à m’identifier aux personnages des romans que je lis !

Françoise Grauby raconte (ou romance, on ne peut savoir, mais en tout cas ça sonne « vrai ») ses débuts dans l’enseignement et les multiples obstacles qu’elle rencontre.

Elle est forte, car son expérience n’a rien de facile, elle est franchement isolée. Ce qui est intéressant, c’est l’angle de vue : la narratrice raconte son expérience mais surtout son ressenti. On voit comme elle évolue, comme elle passe de l’angoisse à un comportement vindicatif, jusqu’à trouver une certaine forme de sérénité (relative, hein).

Je pense que ce récit peut toucher un lectorat assez large et pas uniquement ceux qui sont liés de près ou de loin au système éducatif et scolaire. Françoise Grauby nous raconte son parcours, il se trouve que c’est celui d’une prof, mais c’est avant tout celui d’une jeune femme qui doit apprendre seule à devenir adulte et à construire sa vie.

Je ne connaissais pas du tout ce livre, ni le titre ni l’auteur, et je remercie Jos de me l’avoir offert :o)

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de Margaret Mazzantini

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