Le ventre de Paris d'Emile Zola

Publié le par kalistina

ventre de paris

Le Ventre de Paris, ce sont les Halles, avec leur « souffle colossal épais encore de l'indigestion de la veille », leurs montagnes de mangeailles, de viandes saignantes, « de choses fondantes, de choses grasses », de « gredins de légumes » d'où monte « le râle de tous les potagers de la banlieue ». « L'idée générale, écrit Zola, est le ventre, la bourgeoisie digérant, ruminant, la bête broyant le foin au râtelier, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil.»

 

Si comme moi avant ma lecture, vous ne connaissez le fin mot de l'histoire et voulez vous ménager une part de suspense, même si ce n'est pas pour ça qu'on lit Zola, ne lisez pas la suite de la 4e de couverture, qui vous raconte tout jusqu'à la dernière phrase, littéralement.

 

Comme d'habitude, Zola choisit un descendant d'Adélaïde Fouque pour construire son roman et détailler les noirceurs de l'âme humaine : ici, c'est Lisa, sa petite-fille, honnête et respectable charcutière, enviée de tous pour sa beauté gironde et son statut. Son petit monde bien huilé va se dérégler avec l'arrivée de Florent, le frère de son mari Quenu, de retour du bagne dont il s'est évadé.

Au coeur des Halles, ce fameux ventre de Paris, s'établit la querelle entre les Gras et les Maigres. Les Gras s'engraissent, n'est-ce pas, et ce dans tous les sens du terme : on s'enrichit, on s'embourgeoise, on nourrit son compte et sa situation. Les Maigres, eux, n'ont que faire de ces considérations matérielles et veulent changer le monde.

Evidemment, Florent n'a rien à voir avec son frère et sa belle-soeur, qui sont des Gras. Il est un Maigre, dont la maigreur est suspicieuse aux yeux du petit monde des Halles. Les commères s'en donnent à coeur joie sur son compte, mais il ne l'aperçoit qu'à peine. C'est un intellectuel, qui ne vit que par et pour ses idées.

 

Ce qui est plaisant avec Zola, c'est que rien n'est jamais si manichéen. Lisa se veut d'une honnêteté sans faille, mais elle ne sera pas toujours si charitable pour son beau-frère (les gènes Macquart qui la rattrapent!) ; Quenu semble être un bon gros bêta, d'une gentillesse brute et naïve, mais sa mollesse fait que ses résolutions ne sont jamais bien fermes, même lorsqu'il s'agit d'aider les autres ; Florent est une victime, il a énormément souffert et il a de beaux idéaux, mais il se laisse tellement happer par ses idées qu'il en oublie de vivre sa vie d'homme et qu'il est d'une certaine manière responsable de ses nouveaux malheurs.

Bon, on a aussi quelques personnes bien tranchés, comme Mlle Saget, en laquelle je n'ai vraiment pas pu voir autre chose qu'une fieffée salope (pardonnez-moi ce vocabulaire outrancier, mais comment le dire autrement!!!). Claire, la jeune soeur de la belle Normande, et Mme François m'ont elles semblé être de "vraies gentilles".

Le ventre de Paris, c'est aussi le roman de la médisance et des ravages qu'elle peut causer. C'est un univers de femmes : les reines ici sont Lisa la charcutière et la Méhudin la poissonnière. Florent se fait ballotter et paie cher son désintérêt le plus total de la petite vie de quartier nourrie de ses commérages.Que de méchanceté sous couvert d'honnêteté... Malgré ses défauts, j'ai vraiment eu beaucoup de compassion pour ce pauvre Florent.

 

A noter qu'on rencontre de temps à autre deux futurs héros zoliens : Pauline, la fill de Lisa et Quenu, qui sera l'héroïne de La joie de vivre, et Claude Lantier, le neveu de Lisa, peintre et héros de L'oeuvre. Il est intéressant de remarquer que Claude, malgré les tentatives de Florent pour le rapprocher de son cercle d'amis, préfère toujours rester en retrait : cela fait de lui un personnage un peu mystérieux qu'on aura plaisir à découvrir plus tard.

 

Les avis de Cuné, Gauthier, Moka, Pimprenelle, Stephie.

 

Defi-Emile-Zola   challenge necrophile

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blodhorn 13/03/2012 13:10


un roman brillant! L'intrigue n'est pas fameuse mais le génie de Zola rend le tout excellent.

kalistina 15/03/2012 19:19



C'est vrai, il fait un roman fort à partir de banalités, finalement.



fran6h 18/04/2011 16:16



Merci une fois encore pour ce billet très bien fait, et qui mêt en appétit.


Sans particper au défi (rythme trop soutenu, voir un précédant commentaire) je viens de terminer La curée et finalement je vais accélerer mon rythme un petit peu pour envisager celui-là avant
l'été certainement. 


A bientôt donc



kalistina 23/04/2011 18:58



Avec l'accélération de ton rythme et le ralentissement du mien, on va finir par se retrouver :-D



Edelwe 14/04/2011 20:57



J'aime énormément ce roman!



kalistina 17/04/2011 17:54



Toi qui aimes la lecture et la cuisine, ça ne me surprend pas ;-)



Ankya 14/04/2011 19:11



Tous ces billets sur Zola me donnent envie de le lire... vous allez m'avoir !



kalistina 17/04/2011 17:54



On espère bien!



DF 13/04/2011 14:05



Je me souviens particulièrement des pages de description consacrées aux fromages et à leur symphonie d'odeurs...



kalistina 14/04/2011 00:13



Ca me donne faim rien que d'y repenser...