Le jeudi, c'est citation! (1)

Publié le par kalistina

jeudi-citation.gif

 

Pour ma première participation à la citation du jeudi, je n'ai pas réussi à faire court... J'ai déjà enlevé les trois quarts de ce passage que je vous copie ci-après...

 

"Le soldat gratuit ça c'était du nouveau... Tellement nouveau que Goethe, tout Goethe qu'il était, arrivant à Valmy en reçut plein la vue.Devant ces cohortes loqueteuses et passionnées qui venaient se faire étripailler spontanément par le roi de Prusse pour la défense de l'inédite fiction patriotique, Goethe eut le sentiment qu'il avait encore bien des choses à apprendre. " De ce jour, clama-t-il, magnifiquement, selon les habitudes de son génie, commence une époque nouvelle ! " Tu parles ! Par la suite, comme le système était excellent, on se mit à fabriquer des héros en série, et qui coûtèrent de moins en moins cher, à cause du perfectionnement du système. Tout le monde s'en est bien trouvé. Bismarck, les deux Napoléon, Barrès aussi bien que la cavalière Elsa. La religion drapeautique remplaça promptement la céleste, vieux nuage déjà dégonflé par la Réforme des condensé depuis longtemps en tirelires épiscopales. Autrefois, la mode fanatique, c'était " Vive Jésus ! Au bûcher les hérétiques ! ", mais rares et volontaires après tout les hérétiques... Tandis que désormais, où nous voici, c'est par hordes immenses que les cris : "Au poteau les salsifis sans fibres ! Les citrons sans jus ! Les innocents lecteurs ! Par millions face à droite ! " provoquent les vocations. Les hommes qui ne veulent ni découdre, ni assassiner personne, les Pacifiques puants, qu'on s'en empare et qu'on les écartèle ! Et les trucide aussi de treize façons et bien fadées ! Qu'on leur arrache pour leur apprendre à vivre les tripes du corps d'abord, les yeux des orbites, et les années de leur sale vie baveuse ! Qu'on les fasse par légions et légions encore, crever, tourner en mirlitons, saigner, fumer dans les acides, et tout a pour que la Patrie en devienne plus aimée, plus joyeuse et plus douce ! Et s'il y en a là-dedans des immondes qui se refusent à comprendre ces choses sublimes, ils n'ont qu'à aller s'enterrer tout de suite avec les autres, pas tout à fait cependant, mais au fin bout du cimetière, sous l'épitaphe infamante des lâches sans idéal, car ils auront perdu, ces ignobles, le droit magnifique à un petit bout d'ombre du monument adjudicataire et communal élevé pour les morts convenables dans l'allée du centre, et puis aussi perdu le droit de recueillir un peu de l'écho du Ministre qui viendra ce dimanche encore uriner chez le Préfet et frémir de la gueule au-dessus des tombes après le déjeuner..."

 

Céline, Voyage au bout de la nuit.

Publié dans poèmes et citations

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Grimmy 04/10/2010 00:27



Toujours dur de couper la prose de Céline ! :o)



kalistina 04/10/2010 22:33



Oui! Et je me suis déjà fait violence!



Choupynette 01/10/2010 22:10



juste génial... ça me donne envie de me jeter sur le roman!



kalistina 02/10/2010 16:23


:D


Noukette 30/09/2010 23:00



Comme Chiffonnette, jamais réussi à lire ce livre !



kalistina 02/10/2010 16:23


C'est le style qui en fait tout le génie, mais il est effectivement particulier, ça peut rebuter!


chiffonnette 30/09/2010 19:16



Je n'ai jamais réussi à aller au bout! Pourtant cet extrait me donne envie!



kalistina 30/09/2010 21:07



La première fois que j'avais commencé ma lecture, j'avais abandonné au bout de 80 pages. Ce n'était pas le bon moment. Peut-être est-ce pareil pour toi?



irrégulière 30/09/2010 15:05



Ah ben dis-moi, ça c'est de la citation !



kalistina 30/09/2010 21:07



Et encore, j'ai dû me faire violence pour trancher!