Le Dit de Tianyi de François Cheng

Publié le par kalistina

dit de tianyi

Lors d'un voyage en Chine, l'auteur retrouve le peintre Tianyi, connu autrefois, qui lui remet ses confessions écrites. Tianyi a vécu l'avant-guerre dans une Chine en plein bouillonnement, encore imprégnée de ses traditions. Plus tard, durant les années cinquante, il a vécu en Occident, où il a connu la misère, mais aussi découvert une autre vision de l'art et de la vie.

 

Attention SPOILER : Le Dit de Tianyi n'est pas un roman à suspense, je ne pense donc pas que dévoiler la trame de l'histoire comme je le fais ci-après soit gênant ; néanmoins je vous en avertis! Mais il était impossible pour moi d'en parler autrement.

 

Le narrateur, qui vit en France depuis longtemps semble-t-il, est un jour contacté par Tianyi, qu'il a connu des années auparavant. Il part retrouver le vieux peintre, qui lui remet d'interminables rouleaux, sur lesquels il a écrit ses mémoires.

Tianyi aura eu une vie proprement passionnante. Il aura connu la Chine traditionnelle, néanmoins tourmentée par tous les changements qui grondent en son sein ; puis, il découvre l'Europe, avec sa culture artistique, mais aussi son mode de vie si différent de ce qu'il a connu ; et enfin, il redécouvre la Chine, une Chine nouvelle qu'il ne connaît pas vraiment, celle de la répression des intellectuels, de la surveillance constante et de la négation de tout ce qui fait sa vie (la poésie, la peinture...).

 

La vie de Tianyi est faite de rencontres, humaines, culturelles, conceptuelles... Tous les hommes de sa famille, d'abord, sont des "personnages" : le grand-père érudit, nostalgique de l'empire ; le quatrième oncle, incarnation de la grâce ; le septième oncle, dépravé avec classe ; et le dixième oncle, l'amoureux de la littérature...

J'ai aimé également les personnages des maîtres, que ce soit celui de la peinture traditionnelle, comme le spécialiste de la pensée chinoise. Leurs talents et leurs paroles m'ont beaucoup appris sur, justement, une certaine vision des choses, des gens, de la vie. Le vieux moine des Pouilles, très différent évidemment, m'a quant à lui beaucoup touchée.

Tianyi fait également la rencontre de l'art, à plusieurs reprises, ce qui rythme sa vie. Il découvre d'abord le plaisir de la calligraphie avec son père, lettré ; puis c'est le livre occidental qui le fascine, lorsqu'un missionnaire anglais de passage lui en montre un. Arrivé à l'adolescence, il découvre la littérature occidentale :

"Ceux qui affirment que les cultures sont irréductibles les unes aux autres s'étonnent-ils jamais assez qu'une parole particulière, à partir du lieu d'où elle est issue, arrive tout de même à franchir les entraves et atteigne l'autre bout du monde, pour y être comprise. A cet autre bout du monde, ne nous a-t-il pas suffi d'ouvrir l'un de ces livres imprimés sur papier rudimentaire, pour qu'aussitôt nous nous immergions dans un univers autre, bientôt familier? Nous vivions alors dans le dénuement le plus total. Il y avait les maladies. Il y avait les bombardements. Notre vie ne tenait qu'à un fil. Combien pourtant elle était, par l'imagination, imprégnée de saveur".


Puis c'est l'art pictural qui revient au premier plan. Il aura la chance d'être là, de faire partie des happy few, lors de la redécouverte des fresques de Dunhuang ; et c'est encore pour et par les tableaux qu'il découvrira l'Europe. Cela dit, cette distinction littérature/peinture semble être assez typiquement occidentale, la pensée chinoise n'ayant pas cette tendance au cloisonnement (si j'ai bien compris).

Mais, évidemment, ses rencontres, celles qui vont le construire et modeler ses choix de vie, ce sont celles de Haolang, l'Ami, et de Yumei, l'Amante. Rien n'est simple, mais, vraiment, tout est beau!


Ce roman permet aussi d'en apprendre beaucoup sur la Chine, ou du moins de mieux appréhender des réalités que l'on connaît mais qu'on n'a peut-être pas toujours très bien palpées... Comme les camps pour les personnes dangeureuses au régime, notamment tous les intellectuels. Que de gens passionnants Tianyi va-t-il rencontrer, comme compagnons de souffrance!

"Devenus bêtes de somme, on a vite fait de s'habituer à la saleté ; on accepte la crasse qui colle à la peau comme la galle, qui attire les puces et alimente les poux. A côté la crasse, il est un avilissement autrement plus dur à supporter : avoir à courber l'échine devant la bêtise des chefs, à effacer tout trait personnel, comme si l'on était né de la poussière, sans passé, sans désir, dépourvu de tout lien affectif et de la nécessité, en somme, de porter un nom ou un visage".

 

Evidemment, c'est une histoire parfois, voire souvent, douloureuse. Mais elle n'est pas si noire pour autant ; Tianyi mène une vie "riche" (pleine ou vide du point de vue chinois? je ne me rappelle déjà plus!) et j'ai été captivée par ce roman. François Cheng a une plume réellement envoûtante, de celles que j'admire, a fortiori lorsqu'il s'agit de celle d'un homme dont le français n'est pas la langue maternelle. En voilà un qui n'a pas volé son habit vert!

Pour être encore plus claire, c'est un très beau roman, qui m'a rendue toute chose, et que je ne peux que vous conseiller.

 

Les billets de Grominou et Lily, très enthousiastes elles aussi!

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omnitech reviews 17/12/2014 08:57

Hmm yes, now I remember. I have heard about this particular Chinese painter. If my memory serves right I think his name was the Tianyi. He lived before the great China War. His written confessions was the most controversial.

Flo 06/11/2010 11:09



Roooh, la satisfaction finale fait un peu condamnation du bouquin, non?


D'un autre côté il était dans ma PAL depuis plus de 5 ans... Donc tu comprendras que je commençais à vivre sa présence comme un reproche et qu'il était devenu à mes yeux un boulet. J'aurais aimé
aimer...



kalistina 07/11/2010 11:58



"J'aurais aimé aimer" : je vois tout à fait ce que tu veux dire. C'est un sentiment que j'éprouve parfois à la lecture de certains romans, sentiment très frustrant d'ailleurs... :-/



Flo 05/11/2010 09:34



Bon... Va bien falloir s'y coller hein ;p


En définitive, il est intéressant d'essayer de donner un avis plusieurs mois après la lecture : on a un peu de recul. Et, il faut dire que ce recul n'est pas trop à l'avantage du livre. J'ai
beaucoup peiné, comme tu le sais. Certes, la dernière partie m'a embarquée mais c'était sûrement trop tard pour me laisser une bonne impression au global. Ce qui est étonnant, c'est qu'il se
passe plein de choses et que malgré tout je me suis ennuyée ! Je n'ai pas réussi à me sentir concernée par les personnages et donc par leurs destins. Je ne sais pas si cela est dû à l'écriture
asiatique toujours un peu distante ou à mes attentes plus tournées vers la peinture, finalement peu présente dans le roman. Je ne garde de ce livre que des images floues, des impressions très
vagues...


J'ai tout de même une satisfaction : ce livre a enfin dégagé de ma PAL !! :D



kalistina 06/11/2010 01:14



Roooh, la satisfaction finale fait un peu condamnation du bouquin, non?


Je vois ce que tu veux dire quand tu parles de roman intéressant mais ennuyeux. Ce n'est pas ce que j'ai ressenti avec ce livre, mais j'ai déjà vécu ça avec d'autres et je trouve ça très
frustrant. Je n'avais pas d'attentes particulières quant au thème de la peinture, et puis j'ai beaucoup aimé le style, donc ce doit être en partie pour cela que nous avons des avis divergents ;-)



chiffonnette 29/09/2010 21:07



Bon, j'avoue, je m'étais ennuyée... Mais effectivement, c'est un roman très sensible sur la Chine!



kalistina 30/09/2010 21:06



Oh ben mince alors... Rythme trop lent, trop contemplatif à ton goût?



Karine:) 27/09/2010 15:56



Je ne connaissais pas du tout mais vu qu'il s'agit d'un peintre et de peinture, ça ne peut que me tenter.  Si tu dis que c'est génial en plus... ;)))



kalistina 27/09/2010 21:21



Oh oui, c'est vraiment un chouette bouquin! J'espère qu'il te plaira!