Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 16:20

dans-les-forêts-de-sibérie

«Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»

 

Sylvain Tesson a l'habitude des grands voyages et des expériences un peu extrêmes. Sa dernière est surprenante : six mois, seul, dans une cabane au bord d'un lac en Sibérie. Au jour le jour, il nous livre ses impressions, ses tranches de vie, ses réflexions.

 

Le journal de bord d'un type tout seul dans la nature... J'avais peur qu'il ne se passe rien, qu'il nous raconte par le menu comment il pêche son poisson et que c'en soit vite rébarbatif. Que nenni!

Sylvain Tesson nous raconte d'abord comment il organise son aventure et pourquoi il l'entreprend, ce qui nous fait d'ores et déjà réfléchir au monde moderne dans lequel nous vivons, dont nous nous accomodons, avec toutes ses formes d'aliénation à travers les petits riens du quotidien.

Puis, sur place, il aménage sa cabane, se crée son nid douillet pour ses six mois de solitude, et... c'est parti. Six mois de lecture, d'admiration de la nature, de dialogues avec les oiseaux, de promenades parfois périlleuses, de visites impromptues et terriblement "russes".

 

Russe, tel que Sylvain Tesson le définit, il le devient lui-même, d'une certaine façon. De longues phases léthargiques, alternant avec des activités physiques éreintantes (il faut en couper, du bois, pour se chauffer à -32!), des dialogues minimalistes quand on croise ses "voisins", et toujours quelques litres de voska à portée de main. Pour se donner du courage, pour oublier se tristesse, pour fêter l'amitié... Tout prétexte est bon.

D'ailleurs, j'ai lu que l'omniprésence de l'alcool avait gêné d'autres lecteurs ; moi pas. Sylvain Tesson est parti vivre une vie telle que je ne la connais pas, se plonger dans un autre mode de vie, et il a choisi d'y adopter les coutumes locales... et après tout, ce n'est pas un roman et il ne fait pas de lui un héros.

 

A travers son "retour à la terre", il s'interroge sur le sens qu'il donne à sa vie et ses petites et grandes réflexions sont passionnantes. Alors, certes, on y parle parfois pêche et bûcheronnage, mais je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Un livre qui fait réfléchir et donne de furieuses envies de solitude et d'introspection.

 

Les billets de Mr Canel, Caro, Fleur, Papillon, Saraswati.


Publié dans : littérature contemporaine francophone - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
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Commentaires

Waou ! Je suis déjà séduite rien qu'à lire ton billet ! 

Commentaire n°1 posté par bladelor le 10/02/2012 à 20h00

C'est le genre de bouquin vers lequel je ne serais pas allée de moi-même, mais on me l'a offert, et franchement j'en suis ravie!! Ca me change de mes romans, ça fait réfléchir tout en se lisant quand même comme un roman, justement. Vraiment chouette.

Réponse de kalistina le 10/02/2012 à 23h57

je viens de le lire (et de le commenter)! j'ai vraiment bien aimé malgré un style un peu articiciel...

Commentaire n°2 posté par Violette le 11/02/2012 à 14h53

Je vais aller lire ton billet alors!

Réponse de kalistina le 12/02/2012 à 12h04

On a très bien fait de te l'offrir !
Pour la question de l'alcool, ce n'est pas génant outre mesure, la vodka ça doit réchauffer par -30° !! :)

Commentaire n°3 posté par **Fleur** le 12/02/2012 à 14h07

Je suppose qu'en effet, si ça fait du bien en cas de gros froid, on doit être tenté d'en boire des litres et des litres, l'hiver en Sibérie...!

Réponse de kalistina le 13/02/2012 à 22h13

j'ai bien aimé sa sincérité, ses hauts et ses bas...terriblement russe ce récit...réflexions parfois alcoolisées..il faut dire qu'à ce moment là ses amours battaient plutôt de l'aile

Commentaire n°4 posté par sarawasti le 13/02/2012 à 20h01

Oui, on ne l'apprend d'ailleurs que tardivement, mais quand on le sait on voit les choses un peu autrement, je trouve.

Réponse de kalistina le 13/02/2012 à 22h15

un livre qui fait réfléchir, comme tu dis. j'ai aimé, surtout pour l'expérience et le dépaysement mais certains détails m'ont perturbée : le style, assez ampoulé, peu naturel... et la vodka qu'il s'enfile à longueur de journée! :))

Commentaire n°5 posté par Violette le 27/02/2012 à 12h12

Oui j'avais vu tes réticences ; ça ne m'a pas bloquée, moi, j'ai trouvé ce recours à la vodka en accord avec le reste. J'ai quasiment oublié au cours de ma lecture qu'il ne s'agissait pas d'un roman mais d'une réelle expérience, c'est peut-être pour ça.

Réponse de kalistina le 28/02/2012 à 13h20

Chez Kali...

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