Oliver Twist de Charles Dickens

Publié le par kalistina

Oliver Twist (1838) est un feuilleton criminel d'une noirceur concentrée. Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l'Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens. L'apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim.
On n'oubliera guère, après les avoir croisés, ni l'abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront Les Misérables de Victor Hugo. Créations de l'imaginaire ? Ombres portées des terreurs et des cauchemars de l'enfance ? Peut-être. Toujours est-il que les contemporains y virent le reflet de la réalité.
"Il n'y a pas tant de différence entre ce noir tableau de l'enfance et le tableau de l'usine par Karl Marx", remarque d'ailleurs le philosophe Alain. Il faut s'en souvenir à chaque page en découvrant Les Aventures d'Oliver Twist.


Que voilà une histoire triste, sordide, cruelle... mais racontée si drôlement! J'ai vraiment été surprise de trouver dans ce roman un style parfois ironique, franchement mordant.
Un petit extrait pour illustrer : Oliver se trouve encore dans cet atroce orphelinat et a été puni.
         "Que les ennemis du "système" n'aillent pas supposer que, durant la période de son incarcération solitaire, on refusa à Oliver les bienfaits de l'exercice, les plaisirs de la société, ni les réconforts de la religion. Pour ce qui est de l'exercice, il faisait un beau temps froid, et on lui permettait de faire tous les matins ses ablutions sous la pompe, dans une cour pavée, en présence de M. Bumble qui le préservait d'attraper un rhume et provoquait dans tout son corps une sensation réconfortante de picotement par l'administration répétée de coups de canne. En ce qui concerne la société, on le menait tous les deux jours dans la salle où dinaient les garçons et, là, on le fustigeait en société à titre d'exeple et d'avertissement publics. Enfin, loin de lui refuser les consolants bienfaits de la religion, chaque soir, à l'heure de la prière, on le faisait pénétrer à coups de pied dans le même local où on lui permettait d'écouter, pour son réconfort spirituel, une supplication en commun des pensionnaires, contenant une clause spéciale introduite par ordre du conseil et dans laquelle ils demandaient en grâce de devenir bons, vertueux, satisfaits et obéissants et d'être préservés des péchés et des vices d'Oliver".

On a là ce qui selon moi est une trame "typique dix-neuvième" : des orphelins aux origines toujours plus nobles qu'on le suppose, de jeunes personnes ultrasensibles au bord de l'agonie du jour au lendemain... Classique, c'est le mot, et ça me plaît!
Quelques mots sur les personnages maintenant. Oliver... mais qu'il est niais ce gamin! Pardon, hein, il est bien mignon, mais c'est pas Dieu possible d'être aussi naïf. On le vilipende sans répit depuis sa naissance et il continue à toujours voir le monde comme un bel épisode des Bisounours. Mais où a-t-il pu bien se forger un esprit à la fois si pur et si bécasson? Il est à la fois touchant et horripilant.
Les personnages secondaires sont plutôt intéressants aussi (parce que oui, Oliver est un personnage intéressant! C'est trop pour que Dickens ne l'ait pas fait juste pour nous agacer). Je pense à Nancy, qui est touchante, et surtout à M. Bumble, tordant mélange de suffisance et de couardise.
Quant à la langue, j'admire ceux qui ont pu la découvrir en VO parce que l'argot semble tenir une place importante!
Finalement, j'ai découvert un roman pas si noir que ça, avec une belle histoire classique et un style mordant qui m'a conquise! Mais que n'ai-je lu Dickens avant??

Les avis de : Ankya, Erzébeth, Isil, Madame Charlotte, Pimprenelle, Zaph.

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Bénédicte 12/10/2010 13:45



J'ai bien aimé la description de Londres et les moments d'émotion que l'auteur nous propose dans ce livre palpitant.



kalistina 13/10/2010 11:51



Un très bon roman en effet!



Flo 09/09/2009 15:57

Ai acheté (comme prévu) O. Twist dans une édition épouvantable (Folio) où le traducteur l'appelle "Olivier"... et (comme on pouvait s'y attendre) j'ai acheté le dernier Ogawa dans la foulée (toujours aussi chers ses bouquins très fins à 16 euros...). Bref, je t'en veux à mort ;pMais bon, merci pour ta confiance en ce qui concerne "De grandes espérances". Pour ce que j'ai lu d'Oliver Twist c'est vraiment écrit dans le même style (notamment l'humour avec l'air de ne pas y toucher) donc ça devrait te plaire.

kalistina 09/09/2009 20:35


J'ai un vieux débris d'une quarantaine d'années qui m'a servi d'exemplaire pour Oliver Twist... Mais la trad m'a semblé bonne!!
Tu me confortes dans mon envie de lire "de grandes espérances" alors!


Flo 07/09/2009 17:53

Tu m'as donné envie de le lire alors que je craignais que ce soit trop horrible. Ahhh retrouver Dickens, enfin !! Faut que je me l'achète (c'est ta faute) dès demain !!!(j'ai adoré ta présentation du héros :D Je vais penser aux Bisounours pendant ma lecture, c'est malin :p).Et sinon, lis "De grandes espérances", c'est une "tuerie" (oui, je sais, mon appréciation ne rend pas pleinement hommage au talent de Dickens mais tu as compris ;)

kalistina 08/09/2009 22:43


Ce que tu dis des "grandes espérances" confirme ce que m'en avait dit Ekwerkwe... Et connaissant vos goûts de lectrices, je vous fais plus que confiance!
Ravie si je t'ai poussée à aller acheter Oliver Twist :p


Theoma 05/09/2009 19:53

Toute mon enfance ! Qu'est ce que j'ai pleuré !

kalistina 05/09/2009 22:02


D'habitude je suis facilement émue mais là je n'ai pas pleuré...


Karine :) 05/09/2009 17:30

Ah, Dickens!  Ca fait drôlement longtemps que j'ai lu ce roman mais je le relirai certainement... l'humour de Dickens nous surprend toujours au détour, n'est-ce pas!  Mon préféré c'est Bleak House (la maison d'âpre vent) mais je les aime tous, je crois... du moins, ceux que j'ai lus!

kalistina 05/09/2009 22:00


Ah comme Isil alors, pour le titre préféré! Tu l'avais lu en VO?