Confession d'un porte-drapeau déchu d'Andreï Makine

Publié le par kalistina


« Tout était si clair dans ce début de notre vie. Notre enfance avait l'odeur piquante du cuivre étincelant, la résonance martiale de la peau tendue. Et nous marchions, les jambes veloutées de poussière, à travers les chemins des champs. Toujours tout droit devant nous. Toujours vers cet horizon radieux. La moitié du pays était passementée des dentelles noires des barbelés. Clouée au sol par les miradors. Mais dans notre marche nous le croyions en train d'avancer, ce pays, avec nous vers ce but final, vers cet horizon si proche déjà. »

Nous sommes dans les années 1990 et Kim, qui doit avoir trente ou quarante ans, vit désormais en France. Il repense à sa jeunesse dans la campagne russe et s'adrese à Arkadi, son ami d'enfance, qui lui aussi a quitté le pays natal pour un autre eldorado à l'occidentale.
On découvre les conditions de vie plus que difficiles de la Russie des années 60 ou 70 : pas de moyens, pas de soutien de l'Etat, l'endocrinement de la jeunesse... Mais aussi une vie en communauté qui favorise une réelle solidarité. Les familles vivent dans le dénuement et sont obligées de partager des sortes d'appartements communs : pas d'intimité, pas d'individualité. Les liens se resserrent et, tandis que Kim et Arkadi sont deux enfants puis jeunes adolescents très amis, leurs pères sont plus que ça, comme les deux moitiés d'un même homme, étant tous deux marqués par un traumatisme vécu sur le champ de bataille, et toujours nié par les autorités.
Bien que moins éblouissant que son Testament français, ce court roman d'Andreï Makine est très bien écrit et édifiant sur une certaine Russie. Quand je lis Andreï Makine, j'ai soudaine une furieuse envie de découvrir toute la littérature russe! Cet écrivain va devenir pour moi une valeur sûre, de ceux vers qui on peut se tourner en étant certain qu'on ne sera pas déçu.
Si vous n'avez jamais lu Makine, je vous conseille plutôt le brillant Testament français, mais cet autre roman m'a fait passer un bon moment de lecture lui aussi.

Je n'ai pas trouvé d'autre billet sur ce roman dans la blogosphère, mais n'hésitez pas à me faire savoir si j'en ai loupé un...

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Lectiole 15/08/2009 12:35

Je n'ai bizarrement lu qu'un seule livre d'Andrei Makine.Je dis "bizarrement" car je l'avais adoré au point de le relire.La fille d'un héros de l'Union soviétique

kalistina 26/08/2009 23:50


Alors si tu as aimé il faut découvrir le reste, non? Je me dis la même chose pour Carlos Ruiz Zafon...


Nanne 09/08/2009 20:25

J'ai trouvé chez un bouquiniste, cet été (!), deux romans d'Andréï Makine, dont "Testament français" et "Requiem pour l'Est", qui m'avait été conseillé ... Je pense que j'ai fait une bonne pioche et ton billet élogieux sur cet auteur russe semble me le confirmer !

kalistina 10/08/2009 14:28



J'avais encore plus aimé Le Testament français, un petit chef d'oeuvre!








Edelwe 29/07/2009 12:29

J'ai beaucoup aimé son dernier livre : la vie d'un homme inconnu. Remarquable!

kalistina 04/08/2009 15:46


Je ne connais pas... mais je n'en doute pas!


Anne 27/07/2009 09:40

C'est vrai que "testament français"est vraiment bien. Mais j'ai aussi beaucoup aimé "musique d'une vie".

kalistina 27/07/2009 18:55


Je me souviens que tu m'avais conseillé ce titre en effet!