Du côté de chez Swann de Marcel Proust

Publié le par kalistina


Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu.
Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

Je me sens toute petite face à ce livre... Soyons donc bien clairs : je présente ici mon ressenti de lectrice, et non pas un quelconque jugement sur la valeur de l'oeuvre que je ne suis bien évidemment pas en mesure de porter - comme d'habitude, mais pour le coup, je préfère préciser!
J'ai ouvert ce livre un peu à reculons : ne serait-ce pas trop complexe? les phrases seraient-elles aussi longues qu'on le dit? vais m'endormir d'ennui? Alors : oui, les phrases sont longues, mais pour le reste, je me suis fourvoyée!
Du côté de chez Swann est composé de trois parties : "Combray", où il raconte les moments de son enfance à Illiers ; "Un amour de Swann", qui met en scène la rencontre entre Swann et Odette ; "Noms de pays : le nom", où l'on découvre avec le Marcel adolescent les premiers sentiments amoureux.
Dans le premier et le troisième chapitres, j'ai pu trouver parfois quelques passages abscons, mais "Un amour de Swann" m'a embarquée. Les mystères de l'amour... Comment Swann, cet homme raffiné, séduisant, peut-il s'enticher de cette demi-mondaine d'Odette? Et supporter pour quelques heures à ses côtés ces atroces repas chez ces ploucards parvenus de Verdurin? On espionne délicieusement l'évolution du couple, de leurs petites habitudes, de leurs fâcheries, de la pensée de Swann qui évolue... Vraiment mon chapitre préféré.
Il y a des passages très plaisants dans "Combray", aussi. Je ne vous ferai pas le coup de la madeleine - d'autant que je vous l'ai déjà fait au début!! Je vous citerai plutôt un chouette passage sur la lecture et les moments intenses qu'elle procure, comme plus réels et plus vifs que la réalité.

"[...] ces après-midi-là étaient plus remplis d'événements dramatiques que ne l'est souvent toute une vie [...]. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs , toute émotion est décuplée , où son livre va nous troubler à la façon d' un rêve mais d' un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le souvenir durera davantage , alors , voici qu' il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques - uns , et dont les plus intenses ne nous seraient jamais révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent nous en ôte la perception ; ( ainsi notre coeur change , dans la vie , et c' est la pire douleur ; mais nous ne la connaissons que dans la lecture , en imagination : dans la réalité il change , comme certains phénomènes de la nature se produisent , assez lentement pour que , si nous pouvons constater successivement chacun de ses états différents , en revanche la sensation même du changement nous soit épargnée ) ".

D'une manière générale, ce qui m'a plu, c'est cette capacité à mettre des mots sur ce qu'on ressent dans les moments anodins de la vie, les petits riens qui pourtant peuvent être riches... C'est un roman qui se lit en prenant son temps, sereinement, en savourant.

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Romanza 22/03/2009 16:48

Je partage vraiment ton opinion surtout en ce qui concerne ta dernière remarque. Etant moi aussi dans Proust, je ne peux que te comprendre!

kalistina 22/03/2009 22:24


Oui j'ai vu ça! C'est l'année, on dirait!


éléa 22/03/2009 11:25

quel courage ... je ne sais pas si j'oserais un jour m'attaquer à ce genre de classique ... pourtant ils sont notés sur une liste ;-)) mais je dois avouer que j'ai un peu de mal avec les livres au rythme lent.

kalistina 22/03/2009 22:24


Je ne suis pas courageuse, juste curieuse! Effectivement, le rythme est lent, mais contrairement à d'autres romans, je trouve qu'ici ça se justifie.


keisha 22/03/2009 07:28

Bon, il te reste : A l'ombre des jeunes filles en fleurs (ah la description des tableaux d'Elstir!) , le côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe, et encore La prisonnière, Albertine disparue et Le temps retrouvé (je fais de mémoire, je ne peux pas me lever, car le chat est endormi sur mes genoux)Tu retrouveras les Verdurin en excellente forme, Oriane, etc... Prends ton temps!

kalistina 22/03/2009 22:22


Je compte bien prendre mon temps, en effet! Je n'ai pas les autres tomes en ma possession, et c'est aussi bien. Je peux étaler ma lecture sur plusieurs années.
Calinous au petit chat!


Stephie 21/03/2009 16:11

Un des rares auteurs que je ne parviens pas à lire.

kalistina 22/03/2009 22:21


Peut-être aimerais-tu ses nouvelles davantage que ses romans...?


Karine :) 21/03/2009 13:55

Je me suis rendue à la madeleine quand j'avais quoi... 14 ans... et je me suis dit que j'avais fait un effort!  Le marque-page y est toujours d'ailleurs!  Mais je vais m'y remettre parce que j'aime pratiquement tous les extraits que je lis!

kalistina 21/03/2009 15:18


Ah ben si en plus ça te plaît déjà... Et puis tenter Proust à 14 ans, c'était déjà téméraire!