Mon nom est Rouge d'Orhan Pamuk

Publié le par kalistina

Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige. Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l'Empire ottoman, sa culture, ses traditions et sa peinture. Car les miniaturistes de l'atelier du Sultan, dont il faisait partie, sont chargés d'illustrer un livre à la manière italienne...

Monsieur Délicat vient de se faire tuer, et il sait très bien par qui, contrairement à nous. Nous apprenons tout de même pourquoi : la victime est un peintre de talent, fortement attaché à la tradition et refusant d'y déroger ne serait-ce que d'un iota. Or, l'Istambul de cette fin de XVIe siècle est en pleine querelle des anciens et des modernes : face à la tradition séculaire, qui suppose de reproduire des oeuvres jusqu'à la perfection, sans la moindre trace d'originalité ni de personnalité, commence à poindre une nouvelle tendance : celle du style, de l'individualité du peintre.
Créer, innover, vouloir être unique : tout cela va à l'encontre des habitudes, et c'est donc perçu comme un véritable sacrilège, un péché qui peut vous mener jusqu'à la mort. Mais les ottomans s'ouvrent au reste du monde et certains artistes des plus talentueux découvrent l'art des vénitiens, qui eux n'hésitent pas à peindre comme ils le souhaitent, chacun à sa manière.
Un des peintres les plus respectés d'Istambul se voit confier un projet d'envergure, qui l'oblige à s'adapter à cette mode venue de l'Occident. Il travaille pour cela avec les meilleurs : Papillon, Olive et Cigogne, puis son neveu qui vient de revenir après de longues années d'exil. L'un d'entre eux peut-il être coupable?
Le point de vue du narrateur change à chaque chapitre, ce qui est un peu déroutant de prime abord. Mais ça devient vite un atout, surtout pour les chapitres qui donnent la voix à l'Assassin. J'ai eu beau me creuser la tête, je n'ai pas su qui cela pouvait bien être avant la fin!
Cela dit, l'intrigue policière est le fil rouge du roman, mais bien d'autres aspects en font l'intérêt. C'est surtout un univers particulier, celui des miniaturistes, qui nous est dévoilé ; certains passages pourront sembler peut-être trop descriptifs, et donc rébarbatifs, mais ce sont eux qui parviennent à nous plonger au coeur de ce petit monde. Les fleurs bleues ne sont pas oubliées grâce à l'incontournable histoire d'amour. J'écris cette critique un mois après lecture, et j'avoue que, bien qu'y étant généralement sensible, je ne m'en suis pas vraiment souvenue cette fois-ci. C'est la plongée au coeur d'un monde révolu qui m'a charmée, davantage que les amourettes ou que le crime à résoudre.
Mes petits bémols portent sur une certaine froideur, un certain détachement (que j'ai ressentis, donc c'est subjectif), et sur un passage qui se voulait sans doute humoristique mais qui m'a énervée. ICB l'avait relevé lui aussi : il s'agit d'une réplique d'un des personnages, disant "allez mam'zelle Scarlett". Les anachronismes peuvent être savoureux lorsqu'ils font le piquant de l'oeuvre, comme chez Queneau ou Anouilh, mais là j'ai juste trouvé ça inutile. Dans les romans historiques, ça m'agace fortement, j'avoue.
J'ai donc aimé ce roman, sans pour autant le porter aux nues...
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dasola 05/05/2011 17:13



Rebonjour Kali, j'ai lu et aimé ce roman qui n'est quand même pas très facile. C'est le premier Pamuk que je lisais, j'espère lire le dernier qui vient de paraître. Bonne après-midi.



kalistina 08/05/2011 00:49



C'est vrai, ce n'est pas une lecture facile, je pense que tous ses romans doivent être un peu de cet acabit.



Gaspard Stouff 16/03/2009 22:59

J’ai pour ma partété fasciné par ce livre et cette polyphonie qui surprend dans un premier temps puis s’avère être totalement naturelle et envoutante. L’ouvrage m’a frappé au point d’en faire quelques illustrations, certes pas de le style de la grande tradition Persanne... http://gasp.unblog.fr/mon-nom-est-rouge/

kalistina 16/03/2009 23:10


Je suis allée découvrir tes dessins avec plaisir!


Rose 16/02/2009 11:48

Bonjour !Moi, j'ai lu ce livre il y a 5 ans ! J'ai A D O R É.C'est un livre assez spécial, que nous occidentaux, n'avons pas l'habitude de lire. J'y ai retrouvé des expressions purement turc (logique...mais traduit en frç, ça fait bizzar).Semaine dernière, je suis retrounée à la bibliothèque et j'ai reloué ce chef-d'oeuvre.Vraiment, l'intrigue est pationnante et ce n'est que vraiment à la fin qu'on découvre l'Assasin.J'avoue que les autres romans d'Orhan Pamuk sont moins "lisibles". Toutefois, j'admire cet auteur qui a le cran de dire tout haut dans son livre "Neige" le génocide arménien de 1915 perpétré par les turcs, ce qui lui a valu qqs jours d'emprisonnement et ... un prix nobel de littérature en 2006 !En tout cas, je vous le conseille donc !Rose

kalistina 17/02/2009 16:15


J'ai bien sûr entendu parler de Neige, et plusieurs personnes m'ont dit qu'il était pénible à lire, justement...


Infolio 23/12/2008 14:14

a priori, oui, pour le 9. sauf contrainte particulière. (et pis allez, je vais bosser un peu, encore 3 heures à faire ^^ )

kalistina 24/12/2008 12:56


a l'année prochaine alors :p


InFolio 23/12/2008 14:09

une bonne nouvelle :) bises et joyeuses fêtes !

kalistina 23/12/2008 14:10


Merci, joyeuses fêtes à toi aussi! J'espère te voir le 9 :-)