Lambeaux de Charles Juliet

Publié le par kalistina


Dans cet ouvrage, l'auteur a voulu célébrer ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée.
La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d'un amour malheureux, d'un mariage qui l'a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle meurt huit ans plus tard dans d'atroces conditions. La seconde, mère d'une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l'a élevé comme s'il avait été son fils.
Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l'auteur relate succinctement son parcours : l'enfance paysanne, l'école d'enfants de troupe, puis les premières tentatives d'écriture. Il nous raconte la naissance à soi-même d'un homme qui, à la faveur d'un long cheminement, est parvenu à triompher de " la détresse impensable " dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d'espoir.


Charles Juliet parle de ses deux mères, celle qui l'a mis au monde puis celle qui l'a élevé. La première est vraiment un personnage intéressant, enfant de la campagne, grandissant dans un milieu rude, où ses droits sont quasi inexistants. Elle se réfugie dans la lecture de la Bible, seul livre qu'elle ait pu trouver un jour et depuis garder précieusement, pour le sortir de sa cachette lors de ses rares instants de liberté. Elle a de la volonté, des ambitions, mais la vie s'acharne et ne lui offre pas grand chose d'autre que des malheurs. J'ai admiré sa combativité et ai ressenti de l'empathie pour elle ; l'auteur ne l'a finalement pas connue, mais il a su raconter sa vie supposée avec beaucoup d'émotion.
Il nous parle ensuite de son autre mère, celle qui l'a fait grandir et l'a entouré de son affection. C'est une belle histoire aussi, mais moins touchante ; la vie romancée de l'autre mère est tellement plus poignante!
Vient enfin la propre vie de Charles Juliet, son parcours, qu'il raconte avec pudeur, avec une sorte de timidité toute mignonnette! Je suis sûre qu'en le croisant j'aurais de la compassion pour lui rien qu'en le regardant, même sans savoir à qui j'ai affaire ni en connaissant la moindre bribe de sa vie. Il semble avoir fait de la tristesse une sorte de part de lui-même.
Une des particularités de l'écriture, dans ce livre, réside dans le choix de la narration à la deuxième personne du singulier : c'est singulier (huhu) et un peu déroutant, mais c'est justement cette originialité qui m'a plu. Je retiendrai surtout de Juliet un vrai talent pour émouvoir l'air de rien, pour écrire avec pudeur mais sensibilité.

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sybilline 01/03/2009 15:12

En fait, et contrairement à la quatr!ème de couverture, Juliet ne parle pas de sa mère jamais connue et de sa mère adoptive, mais de sa mère originelle et de lui-même ou plus précisément encore, de ce qu'il se construit comme origine pour pouvoir s'expliquer avec ses démons...

kalistina 01/03/2009 17:19


C'est sûr que l'évocation de son histoire familiale semble être une façon pour lui de réfléchir à/sur lui-même...


Nanne 28/11/2008 17:38

C'est un livre que j'avais repéré mais que je n'avais pas acheté par crainte du sujet. Mais en lisant ton article, je crois que je vais réviser mon jugement et le lire dès que je le trouve, Kali.

kalistina 30/11/2008 12:33


Je pense que c'est un auteur contemporain qui mérite d'être connu, et ils ne sont pas si nombreux dans son cas.


Flo 26/11/2008 06:19

J'imagine qu'il s'agit de "L'année de l'éveil", seule oeuvre de Juliet adaptée au cinoche (pour ce que j'en sais). Je n'ai lu que le livre et j'ai lu aussi l'avis de Juliet sur le film dans le tome 4 ou 5 de son Journal. Il a été déçu par l'adaptation tout en reconnaissant qu'il faut bien faire des compromis pour passer du livre au film mais visiblement l'esprit de l'oeuvre aurait été trahi par le remaniement de Corniaud.
En revanche, c'est une sorte de "suite" de son autobio même si "L'année de l'éveil" a été écrit (ou du moins publié) avant "Lambeaux".

Pour ce qui est de la rencontre avec Juliet, je ne m'en suis toujours pas occupée. D'autres choses se sont rajoutées qui m'occupent l'esprit autrement mais je crois que cela me ferait une bouffée d'air frais dans ma vie d'aller à cette rencontre.

kalistina 30/11/2008 12:30



Si l'auteur lui-même n'est pas satisfait du film, je lirai plus volontiers le livre, alors.






Emeraude 25/11/2008 09:15

j'ai vu il y a très longtemps un film tiré d'un de ses livres (pas celui là, un autre dont le nom m'échappe, malheureusement...) c'était sur sa manière d'écrire, comment il a découvert l'écriture... je me souviens d'une scène où le garçon est en prison ? ou enfermé dans une chambre assez froide et il écrit sur les murs.... je crois que je n'ai jamais lu le livre en question mais ce film est resté gravé dans ma mémoire...

kalistina 26/11/2008 01:05


Tu m'intrigues... si jamais le nom du film te revient, ça m'intéresse!


Flo 21/11/2008 07:22

évocation PAR l'auteur...
(excuse, c'est l'heure)

kalistina 26/11/2008 00:58


J'avions compris, et puis les heures indues, ça me connaît ;-)