Lettre ouverte sur le roman policier de Friedrich Glauser : extraits

Publié le par kalistina

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Dans les années 1930, trois jeunes auteurs allemands, regroupés sous le pseudonyme de Stefan Brockhoff, publient « les dix commandements du roman policier ». Friedrich Glauser, écrivain suisse d’expression allemande ayant lui aussi une prédilection pour le genre policier, leur répond.

 
Quelques extraits de cette lettre, de la partie où Glauser répond au commandement le détective doit être un homme adroit et ingénieux :

« Le limier apparaît, jette à la personne son regard de psychologue et recueille des aveux complets accompagnés des indices nécessaires. Il n’a plus qu’à tendre la main. Le même processus se répète avec les autres personnages et quand le limier a jeté sur tous son regard de psychologue et obtenu ce qu’il voulait, il s’en va avec ses renseignements sous le bras cueillir le meurtrier. La solution l’attend comme une petite fleur sur le chemin. Le limier met la petite fleur solution sur son chapeau ou à la boutonnière et poursuit son chemin à la rencontre de nouveaux crimes.

[…]

Il doit descendre de son piédestal, le limier ! Il doit réagir comme vous et moi. Dotons-le de réactions, donnons-lui une famille et une femme, des enfants, pourquoi devrait-il toujours être célibataire ? Et si nous le voulons quand même célibataire, se souciant seulement de résoudre des énigmes policières, alors donnons-lui une petite amie qui lui mène la vie dure…

Pourquoi est-il toujours habillé de manière irréprochable ? Pourquoi a-t-il toujours suffisamment d’argent ? Pourquoi ne se gratte-t-il pas quand cela le démange ? Et pourquoi n’a-t-il pas comme moi, l’air un peu bête quand il ne comprend pas quelque chose ?

Pourquoi ne se décide-t-il pas à rechercher le contact avec ses semblables, à tenter de comprendre l’atmosphère dans laquelle vivent les gens qui l’occupent ? Pourquoi ne prend-il pas part à leur destin ? Pourquoi ne déjeune-t-il pas avec eux, pourquoi ne jure-t-il pas au fond de lui-même quand la soupe sent le brûlé ? – que de tensions cachées il peut y avoir dans une soupe brûlée !

Pourquoi n’écoute-t-il pas en leur compagnie l’exposé d’un célèbre professeur sur le mariage à la radio ? C’est dans de telles circonstances que les hommes sortent d’eux-mêmes. Ils baillent. Un tel bâillement peut être si révélateur…

Et si le col du limier est trempé de sueur, quelle révélation ! Sans parler de ses chaussettes trouées !... ».

 

Le principal prix récompensant les romans policiers en Allemagne est le prix Glauser. Il serait le Simenon germanophone, si j’en crois certains sites Web que j’ai pu lire çà et là.

Publié dans romans policiers

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Nanne 24/08/2007 21:07

Merci pour ce billet sur celui qui est à l'origine du prix du roman policier en Allemagne. Dans sa réponse au "dix commandements du roman policier" on croit reconnaître des détectives déjà existant à l'époque (Sherlock Holmes, Rouletabille, ...) ou le futur Maigret de Simenon.

kalistina 24/08/2007 21:25

Glauser termine d'ailleurs cette lettre ouverte en disant que pour lui, un homme a déjà réalisé tout ce qui selon lui est important en matière de roman policier : Simenon, qu'il considère comme son maître.