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Peu de mondes semblent aussi éloignés l'un de l'autre que ceux de Somerset Maugham et de George Orwell. On découvre pourtant avec surprise dans un essai de l'auteur de 1984 qu'il admirait "
immensément " Maugham pour son " talent à raconter une histoire sans la moindre fioriture ". Au lecteur de se laisser séduire par une invraisemblable histoire d'amour dans le Hong Kong de la
grande époque coloniale anglaise avec adultère, épidémie, général chinois, bonnes sœurs... Ingrédients que Maugham mélange avec un art consommé du récit et une maîtrise raffinée de la " belle
ouvrage ".
Kitty est une jeune femme écervelée, frivole, qui vit avec passion sa liaison adultérine avec Charlie, fonctionnaire haut gradé et non moins superficiel. Pourtant, Walter, son mari, est fou d’elle et fait tout pour la combler. Elle en a bien conscience, mais ça lui est royalement égal ; elle se trouve déjà bien magnanime de partager sa vie.
Kitty, donc, n’est pas franchement femme réfléchie ; lorsque survient « un certain événement » (ne spoilons pas !), elle n’en revient pas, n’ayant rien vu venir. Son cadre de vie change radicalement, et elle se pose bien sûr en grande victime.
Peu à peu, la misère de ceux qu’elle devra côtoyer la fait réfléchir et devenir plus humaine…
Elle m’a prodigieusement énervée à plusieurs reprises ; tout comme Walter m’a surprise et vraiment touchée. Ce court roman est une réussite, par le talent qu’a l’auteur de dépeindre la psychologie de ses personnages, de susciter chez le lecteur une profonde empathie et de l’immerger dans une atmosphère toute particulière, douloureuse mais « vivante ».
Merci à Stéphanie pour ce cadeau : c’est le livre que j’avais gagné cet été lors du pique-nique de la blogosphère !
3 nouvelles se succèdent dans ce petit recueil.
Le visiteur
Le héros, un jeune homme d’environ 25/30 ans, passe ses vacances, comme chaque été, sur une île française (précision ne nous est pas donnée ; île de Ré, peut-être ?). Il emmène au restaurant un couple d’amis de sa mère, les Buissonnet ; c’est la sortie rituelle. A la table d’à côté, son regard est happé par une jeune américaine, belle, au regard triste et perdu, et plutôt mal accompagnée…
Cette nouvelle suit son cours discrètement, l’air de rien, et, sans apporter d’invraisemblables révélations, donne au lecteur quelques petits rebondissements qui font son charme. Elle n’est pas mémorable, mais se lit avec plaisir.
Contre toute probabilité
Mrs Kincaid, la cinquantaine avancée, passe son temps à changer de lieu d’habitation. Quelques semaines, voire quelques mois dans une ville, et hop, c’est déjà le déménagement. Dans son nouveau point de chute, elle rencontre Mr Blakely, un homme de son âge, qui attend que la vie passe…
On ne comprend le réel sens de l’histoire qu’au fur et à mesure de l’intrigue, et c’est vraiment une superbe nouvelle ! Tout est bien pensé, bien tourné, et la fin m’a conquise. Ma préférée du recueil !
Le jeu du téléphone
Deux jeunes gens vont se marier ; elle est allemande, il est anglais. La distance géographique qui sépare leurs deux familles font qu’ils participent à la même fête la veille du grand jour, avec les amis des deux promis et donc des deux pays réunis. Les anglais proposent alors de faire un petit « jeu du téléphone »… l’incompréhension s’installe.
Dans cette nouvelle, c’est le doute, l’hésitation, l’incompréhension qui prennent place, insidieusement. Est-ce une simple affaire d’humour qui diffère ou le malaise est-il plus profond ? C’est habilement mené, mais ça m’a justement mise assez mal à l’aise…
La 4e de couverture cite un extrait d’article paru dans le Times, dans lequel le journaliste qualifie William Trevor de « plus grand auteur vivant de nouvelles de langue
anglaise ». Je n’ai pas matière à comparer, mais ce recueil m’a séduite, en particulier grâce à la 2e nouvelle, et ça m’a bien donné envie de lire un de ses romans, comme En
lisant Tourgueniev.
Habitants d'une petite ville du fin fond des États-Unis, les personnages du Cœur est un chasseur solitaire se sentent profondément seuls, abandonnés avec leurs révoltes. Subsistent cependant certains rêves.
Pour Mick l'adolescente complexée, celui d'apprendre à jouer du violon qu'elle s'est confectionné, et qu'elle cache sous son lit. Biff lui, observe ses clients pour échapper à sa vie de couple bien terne. Jake rêve d'un monde plus juste. Le docteur Copeland essaie pour sa part d'œuvrer concrètement à la réalisation de ce monde car sa couleur de peau l'expose à des brimades quotidiennes.
Leur rencontre avec John Singer, sourd-muet dont le calme et la courtoisie inspirent confiance, leur permet d'entrevoir la possibilité d'être compris.
Les personnages de ce roman sont multiples et tous d’importance ; au lieu d’être déroutant, ça donne une histoire complexe, dense, qui n’en est que plus passionnante, je trouve !
Tous sont différents, ayant pour point commun d’habiter dans la même petite ville américaine et de tous se côtoyer à un moment ou à un autre. Ils partagent aussi une certaine solitude, qui, inconsciemment, les pousse à entrer en contact avec d’autres, et à mener des réflexions dont nous, lecteurs, nous délectons.
Mick, la jeune fille, est mal dans sa peau ; Jake, qui va de ville en ville, veut à tout prix refaire ce monde qu’il trouve injuste, surtout s’il a un coup dans le nez ; Biff, le tenancier du bar, ne s’entend plus avec sa femme ; Copeland, brillant médecin, souffre au quotidien du mépris des Blancs à son égard et de l’échec social de ses enfants qui rejettent la sphère intellectuelle dans laquelle il se complait ; et surtout, John, John Singer, le sourd-muet… que chacun tire à soi, sous prétexte qu’il est une oreille compréhensive… John est de loin mon personnage préféré ; le quitter m’a vraiment déchiré le cœur, je me suis profondément attachée à ce petit homme généreux et toujours si solitaire.
Vous ne trouverez dans ce roman ni histoire d’amour, ni intrigue policière, ni aventures palpitantes ou que sais-je encore, mais vous vivrez un très beau moment de lecture. En tout cas, je vous le souhaite, c’est ce que j’ai ressenti !





