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littérature classique francophone


Samedi 20 août 6 20 /08 /Août 22:04

faute de l abbe mouret

Ce fut ainsi qu'Albine et Serge marchèrent dans le soleil, pour la première fois.
Le couple laissait une bonne odeur derrière lui. Il donnait un frisson au sentier, tandis que le soleil déroulait un tapis d'or sous ses pas. Il avançait, pareil à un ravissement, entre les grands buissons fleuris, si désirable, que les allées écartées, au loin, l'appelaient, le saluaient d'un murmure d'admiration, comme les foules saluent les rois longtemps attendus. Ce n'était qu'un être, souverainement beau.
La peau blanche d'Albine n'était que la blancheur de la peau brune de Serge. Ils passaient lentement, vêtus de soleil ; ils étaient le soleil luimême. Les fleurs, penchées, les adoraient.

 

Il fallait bien que ça finisse par arriver... Cinquième tome des Rougon-Macquart, premier moment d'ennui.

 

Serge, le fils de Marthe et François, les héros du précédent roman, est devenu curé. A vingt-six ans, il est dévoué corps et âme à l'Eglise, et notamment à la Vierge.

Suite à crise d'on ne sait trop quelle maladie, son oncle, le fameux docteur Pascal, l'envoie en convalescence au Paradou, grosse maison de campagne presque abandonnée, gérée par un vieil homme et l'adolescente qu'il a recueillie, Albine. La jeune fille soigne le curé devenu amnésique, l'emmène en longues promenades dans le jardin du domaine et arrive ce qui doit arriver (je ne dévoile rien, c'est dans le titre).

Setge est pur, vierge de corps et d'esprit, rencontre Albine (du latin alba, blanche, couleur symbole de pureté...), l'aime dans le Jardin, le bien-nommé Paradou... Bref bref, ce ne sont plus des ficelles mais d'énormes cordes, à ce niveau-là. C'est donc la réécriture de la chute originelle, avec d'interminables pages de verdure, de feuilles, d'arbres, de fleurs et autres plantes, de découverte de la chair en toute innocence, etc.


Non, vraiment, quand Zola fait dans l'amour, dans le beau, dans le pur, il me tue d'ennui. La dernière des trois parties du roman m'a un peu plus intéressée, mais le mal était fait. Vivement le tome 6 que je reparte sur de bonnes impressions.

Defi-Emile-Zola

 

Les billets de Cuné, Lilly, Moka, Pimprenelle, Stephie.

 

 


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Dimanche 31 juillet 7 31 /07 /Juil 17:38

la-conquete-de-plassans couv

" Dormez sur vos deux oreilles, disait Flaubert à Zola inquiet, c'est une œuvre, votre bouquin, fort, très fort, râblé, bien portant.
" Il s'agissait de ce quatrième volet des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. C'est la conquête d'une ville légitimiste, en réalité Aix, la ville natale de Zola, par un prêtre bonapartiste qui subjugue les femmes, la belle société, la jeunesse et le clergé.

 

La fille de Pierre et Félicité Rougon, Marthe, a épousé son cousin François Mouret, fils d'Ursule Macquart. Ils vivent tranquillement à Plassans, avec leur deux fils et leurfille simple d'esprit. François, qui dépense peu mais aime gagner de l'argent, décide, contre l'avis de sa femme, de louer le premier étage de sa maison à l'abbé Faujas, venu de Besançon, et sa vieille mère taciturne.

Faujas, d'abord détesté et écarté de la bonne société à cause de rumeurs qui courent sur son ancienne vie, réussit à conquérir toute la ville.

 

Au début de ma lecture, je lisais les chapitres sans trop de conviction ni d'enthousiasme, je restais un peu extérieure... François m'était évidemment antipathique, Marthe me faisait un peu de la peine et Faujas n'avait pas encore commencé à mettre à exécution ses ambitieuses manoeuvres.

Mais dès que la machine a été lancée...! Ce tome 4 est le roman de la chute. Descente aux enfers des uns, exaspération des vices des autres, tout est extraordinairement amené. Tous les personnages, jusqu'aux plus insignifiants, ont une épaisseur que j'ai rarement vue.

Ce n'est pas le plus plaisant à lire des Zola que j'ai eus entre les mains, mais c'est un des plus réussis, un des plus riches et des plus profonds.

Le mot qui m'est venu en refermant ce roman est : glaçant, tout simplement glaçant.

 

Les avis de Cuné, Moka, Pimprenelle et StephieDefi-Emile-Zola


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Mercredi 6 avril 3 06 /04 /Avr 13:31

ventre de paris

Le Ventre de Paris, ce sont les Halles, avec leur « souffle colossal épais encore de l'indigestion de la veille », leurs montagnes de mangeailles, de viandes saignantes, « de choses fondantes, de choses grasses », de « gredins de légumes » d'où monte « le râle de tous les potagers de la banlieue ». « L'idée générale, écrit Zola, est le ventre, la bourgeoisie digérant, ruminant, la bête broyant le foin au râtelier, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil.»

 

Si comme moi avant ma lecture, vous ne connaissez le fin mot de l'histoire et voulez vous ménager une part de suspense, même si ce n'est pas pour ça qu'on lit Zola, ne lisez pas la suite de la 4e de couverture, qui vous raconte tout jusqu'à la dernière phrase, littéralement.

 

Comme d'habitude, Zola choisit un descendant d'Adélaïde Fouque pour construire son roman et détailler les noirceurs de l'âme humaine : ici, c'est Lisa, sa petite-fille, honnête et respectable charcutière, enviée de tous pour sa beauté gironde et son statut. Son petit monde bien huilé va se dérégler avec l'arrivée de Florent, le frère de son mari Quenu, de retour du bagne dont il s'est évadé.

Au coeur des Halles, ce fameux ventre de Paris, s'établit la querelle entre les Gras et les Maigres. Les Gras s'engraissent, n'est-ce pas, et ce dans tous les sens du terme : on s'enrichit, on s'embourgeoise, on nourrit son compte et sa situation. Les Maigres, eux, n'ont que faire de ces considérations matérielles et veulent changer le monde.

Evidemment, Florent n'a rien à voir avec son frère et sa belle-soeur, qui sont des Gras. Il est un Maigre, dont la maigreur est suspicieuse aux yeux du petit monde des Halles. Les commères s'en donnent à coeur joie sur son compte, mais il ne l'aperçoit qu'à peine. C'est un intellectuel, qui ne vit que par et pour ses idées.

 

Ce qui est plaisant avec Zola, c'est que rien n'est jamais si manichéen. Lisa se veut d'une honnêteté sans faille, mais elle ne sera pas toujours si charitable pour son beau-frère (les gènes Macquart qui la rattrapent!) ; Quenu semble être un bon gros bêta, d'une gentillesse brute et naïve, mais sa mollesse fait que ses résolutions ne sont jamais bien fermes, même lorsqu'il s'agit d'aider les autres ; Florent est une victime, il a énormément souffert et il a de beaux idéaux, mais il se laisse tellement happer par ses idées qu'il en oublie de vivre sa vie d'homme et qu'il est d'une certaine manière responsable de ses nouveaux malheurs.

Bon, on a aussi quelques personnes bien tranchés, comme Mlle Saget, en laquelle je n'ai vraiment pas pu voir autre chose qu'une fieffée salope (pardonnez-moi ce vocabulaire outrancier, mais comment le dire autrement!!!). Claire, la jeune soeur de la belle Normande, et Mme François m'ont elles semblé être de "vraies gentilles".

Le ventre de Paris, c'est aussi le roman de la médisance et des ravages qu'elle peut causer. C'est un univers de femmes : les reines ici sont Lisa la charcutière et la Méhudin la poissonnière. Florent se fait ballotter et paie cher son désintérêt le plus total de la petite vie de quartier nourrie de ses commérages.Que de méchanceté sous couvert d'honnêteté... Malgré ses défauts, j'ai vraiment eu beaucoup de compassion pour ce pauvre Florent.

 

A noter qu'on rencontre de temps à autre deux futurs héros zoliens : Pauline, la fill de Lisa et Quenu, qui sera l'héroïne de La joie de vivre, et Claude Lantier, le neveu de Lisa, peintre et héros de L'oeuvre. Il est intéressant de remarquer que Claude, malgré les tentatives de Florent pour le rapprocher de son cercle d'amis, préfère toujours rester en retrait : cela fait de lui un personnage un peu mystérieux qu'on aura plaisir à découvrir plus tard.

 

Les avis de Cuné, Gauthier, Moka, Pimprenelle, Stephie.

 

Defi-Emile-Zola   challenge necrophile


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Mardi 1 mars 2 01 /03 /Mars 13:07

curee

La France de Napoléon III vue par Zola : " A cette heure, Paris offrait, pour un homme comme Aristide Saccard, le plus intéressant des spectacles. L'Empire venait d'être proclamé... Le silence s'était fait à la tribune et dans les journaux. La société, sauvée encore une fois, se félicitait, se reposait, faisait la grasse matinée, maintenant qu'un gouvernement fort la protégeait et lui ôtait jusqu'au souci de penser et de régler ses affaires. La grande préoccupation de la société était de savoir à quels amusements elle allait tuer le temps. Selon l'heureuse expression d'Eugène Rougon, Paris se mettait à table et rêvait gaudriole au dessert... L'Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l'Europe. "

 

Dans ce deuxième tome des Rougon-Macquart, on suit Aristide, l'un des fils de Pierre Rougon, dans sa nouvelle vie. Monté à Paris avec pour ferme ambition de faire fortune, sa femme Angèle, douce, effacée, inexistante, a la bonne idée de mourir assez rapidement, ce qui lui permet de faire un second mariage très avantageux.

Sa nouvelle femme, Renée, est jeune, très belle, d'une famille riche, et s'ennuie terriblement auprès de ce mari qui ne s'intéresse absolument pas à elle. Grâce à son frère Eugène, Aristide obtient une bonne position et ne pense plus qu'à l'argent qu'il peut gagner ; c'est le début de machinations financières peu scrupuleuses autour de transactions immobilières (c'est la période hausmannienne).

Aristide est donc totalement obnubilé par le dieu argent, et toutes ses relations personnelles sont guidées par cette marotte. C'est ainsi qu'il fait monter à la capitale son fils Maxime, né du premier lit, dans le seul but d'asseoir sa position de bon bourgeois père de famille. Renée, qui s'ennuie terriblement, rappelons-le, s'amuse avec cet adolescent à qui elle fait découvrir toute la haute société parisienne. Elle n'a que sept ans de plus que lui et ils partagent rapidement une forte complicité... dans un premier temps.

 

Nous avons donc une famille Rougon qui n'attire pas franchement la sympathie : Eugène ne parle à son frère que pour veiller à ce que ses éventuels impairs n'entache pas sa propre réputation (l'aîné ayant lui des ambitions politiques) ; Aristide est prêt à tout pour s'enrichir, sans scrupules et sans humanité, manipulant tout le monde même sa famille proche ; Sidonie, leur soeur, travaille dans l'ombre, mais ne vit elle aussi que pour la manigance ; et Maxime, la génération suivante, est d'une mollesse à faire peur, se laissant ballotter par les volontés de ceux qui l'entourent et décident de tout pour lui.

Et au milieu, cette pauvre Renée, qui semble-t-il a fortement choqué en son temps, et qui pourtant me semble la victime de tout cela, de son milieu, de sa position, de son mari...

 

J'ai le même point de vue que Stephie : ce roman est tout à fait révélateur de la pensée de Zola. Chaque famille est dominée par son vice, ici celui de l'ambition à tout prix, qui ronge leur vie personnelle et familiale, qui ronge leur âme, sans jamais qu'ils s'en aperçoivent.

 

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge de Moka : on a une relation comme ça, Emile Zola et moi.C'était la lecture de février, je suis presque dans les temps! Le mois prochain, les participants liront Le ventre de Paris.

Le billet entre aussi dans la catégorie "auteur enterré à Paris" du challenge nécrophile.

Defi-Emile-Zola

 

  challenge necrophile

 

Les avis de Caroline, Cuné, Pimprenelle et Stephie.


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Samedi 12 février 6 12 /02 /Fév 23:34

religieuse

Un de ses amis, le marquis de Croismare, s'étant intéressé au sort d'une jeune femme qui demandait à sortir du couvent où elle avait été placée contre son gré, Diderot eut l'idée facétieuse, en 1760, de lui adresser des lettres prétendument écrites par la religieuse qui lui demandait secours. Le marquis tomba dans le piège, une correspondance s'ensuivit, et l'écrivain, pris à son propre jeu, finit par composer les mémoires que Suzanne Simonin était censée avoir écrits à l'attention de Croismare.

 

Suzanne commence ses mémoires par l'évocation de son enfance et le rejet de ses parents à son égard. A l'adolescence, elle finit par apprendre qu'elle est une enfant adultérine, et que c'est pour cette raison que celui qu'elle pensait son père ne supporte pas sa présence, et que sa mère est froide et distante. C'est pour expier le péché de sa naissance qu'elle est envoyé au couvent. Commence pour elle une nouvelle vie, faite d'ennui, mais aussi et surtout de persécutions, d'humiliations et de toutes sortes d'autres formes de violence morale.

 

La première chose qui frappe dans ce roman, c'est la modernité du style de Diderot. Moi qui m'attendais à une écriture un peu absconse, ou au moins emberlificotée, j'ai été bien agréablement surprise!

La seconde, c'est les sensations qu'on peut éprouver à sa lecture : j'ai vraiment eu froid dans le dos! Suzanne découvre un monde où les bassesses, les mesquineries, les jeux d'intrigues pour le pouvoir sont décuplés du fait du vase clos que constitue le couvent. Dans un monde qui devrait être celui de la prière et de la bienveillance, la jeune fille va faire l'expérience de tous les vices de la nature humaine. Elle rencontrera des menteurs, des cruels, des sournois, des manipulateurs...

Là où Diderot est habile, c'est qu'il ne fait pas de Suzanne une jeune fille opposée au religieux. Elle a la foi, elle est pieuse, elle ne rejette pas en bloc le monde de l'Eglise. C'est ce qui fait la force de son plaidoyer : c'est bel et bien la vie au cloître qu'il dénonce, et surtout les horreurs qui peuvent s'y passer. C'est sur le scandale de l'entrée forcée dans les ordres qu'il veut faire jour. C'est glaçant de penser que tant de personnes ont pu subir une vie comme celle de Suzanne, et Diderot réussit parfaitement à faire ressentir cette injustice au lecteur.

 

challenge necrophile

 

 

 

Ce billet entre dans la catégorie : "auteur enterré à Paris", même si l'Eglise Saint Roch où il a été inhumé a été profanée à la Révolution.

 

 

 

L'avis de Maggie est à lire ici.


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