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Au plaisir de vous lire :)
« J'appartiens à une génération, celle de 1968 pour parler vite, que le vent de l'histoire a violemment transbordée de rive en rive. Ce vent-là fut et reste un vent favorable, source de luxes
nécessaires : le plaisir de la révolte et celui d'en finir avec la révolution, le plaisir de respirer dans une société de plus en plus laïque, le plaisir de voir s'éloigner des "repères"
effrayants et désuets. Celui de s'engager mais aussi de se dégager. Ce n'est que du vent, le plaisir, mais le vent, c'est une force.
Les plaisirs que j'évoquerai sont parfois collectifs et parfois singuliers, gageant que "je" et "nous" sont éminemment compatibles. Je traiterai donc ici de l'école, et là de la jouissance
d'écrire, ici de politique, et là d'amour filial, rassemblant des plaisirs qui, au total, font mon plaisir de cheminer, de vieillir, de vivre maintenant, bref, mon plaisir de vivre tout court.
Lequel est grand. »
En fait, ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais (je pensais lire un livre sur le plaisir de naviguer ou ce genre de chose). Hervé Hamon parle en fait du plaisir en général, à travers
divers thèmes et expériences.
J'ai aimé : le chapitre qu'il consacre à mai 68 ; certains passages sur la légèreté ; certains du chapitre intitulé "apprendre, instruire" (chapitre qui m'a parfois réjouie, parfois agacée) ; le
chapitre consacré à l'écriture ; le dernier sur sa dernière journée avec sa mère.
Certains passages font sourire, d'autres font réfléchir, d'autres encore sont émouvants. Ce qui est plaisant, c'est de sentir la sincérité du propos de Hervé Hamon. Il nous parle de son plaisir
et arrive souvent (pas à tous les coups non plus, hein) à nous le transmettre.
Un petit mot sur le style : je l'ai apprécié, mais il n'est pas neutre. Ce n'est pas un livre dans lequel le style s'efface pour servir l'histoire. Peut-être est-ce justement dû à son statut
hybride, ni roman ni vraiment essai?
" Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier. "
Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie. En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin. Serviteurs d'Allah et des sultans, les " ouvriers de l'écriture " sont mis au rebut et leurs écoles délaissées.
Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes.
Je ne connais absolument rien à la calligraphie, pourtant en lisant ce livre, les calames et autres outils chers aux calligraphes me sont devenus familiers.
C’est un vrai plaisir que de lire ce roman. En peu de pages, Yasmine Ghata arrive à nous plonger dans l’univers des calligraphes. On perçoit la dimension sacrée de la calligraphie, tout ce que chaque aspirant calligraphe doit apprendre et apprivoiser avant de pouvoir prétendre à cette relation mystérieuse avec le Divin.
On suit aussi la vie de l’héroïne, Rikkat, qui s’épanouit bien davantage dans son rôle de calligraphe que dans celui d’épouse…
Yasmine Ghata a vraiment un très beau style ; elle arrive aussi à nous toucher et nous rendre Rikkat très attachante, peut-être parce qu’elle s’est probablement beaucoup investie dans l’écriture de ce roman qui raconte la vie de sa propre grand-mère.
J’ai aussi beaucoup aimé les intrusions des fantômes des calligraphes défunts dans la vie de Rikkat, surtout Selim le facétieux.

Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre.
« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! ». Tel est le slogan du magasin des suicides, mais, pour peu que vous fréquentiez un minimum la blogosphère
des lecteurs, vous le savez déjà. Je dois être au moins la douzième à le lire, ce roman !
Les Tuvache, c’est la famille Adams version Français du futur. Ils voient les choses en noir, ont deux premiers enfants dépressifs comme il se doit et leur imagination débordante leur permet de proposer des produits de qualité pour que leurs clients puissent se suicider de mille et une façons.
Le problème vient bien sûr du benjamin, toujours gai, voyant toujours le verre à moitié plein et sabotant le travail de ses aînés pour empêcher les gens de mourir. Aucun sens du commerce !
L’humour est noir, cynique et léger en même temps, c’est un bon petit moment.
Toutefois, c’est assez attendu, on sait très bien comment va se dérouler l’histoire. J’ai l’impression que Jean Teulé a trouvé une bonne idée et qu’il tire sur la même ficelle tout au long du livre, c’est parfois un peu lassant.
La toute fin est en revanche vraiment surprenante, inattendue au possible. D’ailleurs je n’ai pas trouvé ça très plausible, enfin je ne comprends pas comment on pourrait l’expliquer… Si quelqu’un a une idée là-dessus, qu’il se manifeste !




