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Samedi 27 janvier 2007


Gengis-khan (1162-1227) - le " conquérant du monde ", selon ses chroniqueurs - avait formé un empire démesuré allant de Pékin à la Volga. Yasushi Inoue raconte l'épopée de ces fils du " loup bleu et de la biche fauve ", les chevauchées triomphantes, les butins fabuleux et les carnages qui entraînèrent les hordes mongoles en terre d'Islam et, au-delà de la Grande Muraille, dans la mythique Chine.

Mais, de bataille en bataille, c'est à la découverte d'un homme énigmatique que nous convie l'écrivain : à partir des chroniques de l'Histoire secrète des Mongols, il reconstitue peu à peu le mystère de la vie de celui qui n'eut de cesse de devenir le légendaire " Loup bleu ".

 

J’aime l’Histoire, pourtant je la connais mal dès qu’on sort de l’Occident. J’aime aussi les récits sous forme de fiction, donc une biographie romancée, ça m’a fait de l’œil… En plus, du fondateur du plus grand empire jamais constitué, pensez-vous ! *je fais genre, mais la semaine dernière encore je croyais que c’était celui d’Alexandre Le Grand…*

Selon leur mythe fondateur, les Mongols sont les descendants de l’union divine du Loup Bleu et de la Biche Blanche. Inoué a romancé la vie de celui qui, jusqu’à la mort, a voulu prouver qu’il était bien un Loup mongol.

Je suis bien incapable de déterminer ce qui relève du fait historique et ce qui relève du bel enrobage de la création littéraire, mais j’ai bien aimé « le loup bleu ». On découvre l’enfance de Temüdjin, seul avec sa mère et ses frères et sœurs à la mort de son père, abandonnés par le clan, puis son ascension fulgurante vers le pouvoir, toujours plus grand, jusqu’à devenir le Khan.

On découvre donc comment il a conquis le monde, mais aussi pourquoi. Il est d’abord mû par un désir de vengeance : revenir à la tête du clan des Bordjigin et vaincre les Tayichi’ut ; puis, unir tous les clans Mongols pour écraser les Tatars, ennemis de toujours ; enfin, passer la Grande Muraille pour envahir les Kin.

Cette lutte identitaire est celle d’un chef de clan, mais aussi celle d’un homme, qui toute sa vie serait rongé par le doute : est-il vraiment un loup mongol, lui dont la mère a été violée lors d’un rapt par un clan ennemi ? Il n’aura de cesse de prouver sa valeur afin de montrer que le sang mongol coule bien dans ses veines.

Le style a un petit côté désuet (je voyais tous ces films épiques des années 50/60, comme Yul Brynner dans « Tarass Bulba »…), mais ça se lit facilement et on a envie de connaître la vie de Gengis Khan. Ce petit côté « suspense » ne fonctionne bien sûr que pour qui, comme moi, ne connaît au départ pas grand-chose du personnage, évidemment.

Je n’ai pas lu beaucoup de critiques de ce livre, quelqu’un d’autre l’a-t-il lu ?

Samedi 20 janvier 2007


Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort, un fils le remplace. Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec ce l'Aubépine le Jeune pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant...

Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage. La terre détrempée s'englue sur les chaussures, la pluie colle aux yeux, les odeurs de gibier flottent sans fin et les mâtins sont seigneurs des forêts. Ouest, c'est l'histoire d'une jeune fille à la peau de dentelle, d'ingénues fines et de demi-mondaines égarées. Dans le château des Perrières, le calvados sert l'oubli, et l'inquiétude, insidieuse, enténèbre les chairs.

 

Ce livre, c’est l’histoire d’un climat. François Vallejo crée une atmosphère oppressante, pesante, dans laquelle on est plongé du début à la fin. C’est l’affrontement de deux hommes et de tout ce qu’ils représentent : Lambert, l’homme des valeurs anciennes, le garde-chasse attaché à sa terre de l’Ouest, qui aime voir que tout est « dans l’ordre des choses » et qui ne comprend pas le comportement de son maître ; Aubépine, l’aristocrate qui se veut révolutionnaire, qui a confusément compris que son époque est celle des changements, mais qui continue à vivre dans les caprices de son rang.

Tant qu’on ne faisait que parler de l’Aubépine, il me faisait peine, cet homme à l’enfance malheureuse… Et puis dès qu’il arrive en chair et en os, ce grand malade m’a mise mal à l’aise. C’est son personnage et le mal-être qu’il inspire à ceux qui l’entourent qui génèrent le lourd climat du roman.

Lambert est un homme un peu tiraillé, aux valeurs simples, mais droit. Vallejo arrive à nous faire entrer dans son mode de pensée, avec son langage qui lui est propre (« faut pas, non, faut pas »). Eugénie lui ressemble. Magdeleine est différente, elle a une indépendance d’esprit qui rend son personnage attachant.

J’ai bien aimé ce roman, pour son univers vraiment particulier et pour le style. L’auteur parvient à nous faire naviguer d’un mode de pensée d’un personnage à un autre, c’est bien construit et on se laisse aspirer par le monde qu’il crée.

Samedi 23 décembre 2006


"J'ai formé le projet de te raconter ma vie." Sur son lit de mort, l'empereur romain Hadrien (117-138) adresse une lettre au jeune Marc Aurèle dans laquelle il commence par donner "audience à ses souvenirs".
Très vite, le vagabondage d'esprit se structure, se met à suivre une chronologie, ainsi qu'une rigueur de pensée propre au grand personnage. Derrière l'esthète cultivé et fin stratège qu'était Hadrien, Marguerite Yourcenar aborde les thèmes qui lui sont chers : la mort, la dualité déroutante du corps et de l'esprit, le sacré, l'amour, l'art et le temps.

 
J’aime les romans historiques et avec celui-ci j’ai découvert un homme fascinant. Je sais bien qu’il s’agit d’une histoire romancée, mais, ne connaissant pas du tout le personnage historique d’Hadrien, je me plais à croire qu’il était aussi humaniste que le présente Yourcenar. Il apparaît comme un empereur qui prend sur ses épaules la responsabilité de l’avenir de son pays, comme un amoureux qui vit les affres du deuil de l’être aimé, comme un solitaire, conscient des mécanismes du monde dans lequel il vit.

Les « mémoires d’Hadrien » prennent une forme particulière : c’est un roman, mais qui touche à la longue tirade poétique dans le même temps. Ce n’est pas un « roman à suspense » qu’on ne peut plus lâcher une fois ouvert. Je l’ai lu lentement, il m’a accompagnée durant trois longues semaines et je crois que c’est bien ainsi. C’est toute une façon de penser que nous propose Yourcenar à travers Hadrien (est-ce celle d’un homme ou d’une époque ?).

Mon seul bémol toucherait quand même au rythme du livre, rendu parfois un peu lent du fait de la construction particulière de ces mémoires.

Lectures du moment

Satiricon
de Petrone

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